Palmason promène le spectateur dans un drame intérieur, puis un thriller, pour en venir à l’amour inconditionnel entre grand-père et petite-fille.

Dans une purée de pois, une voiture tourne et tourne et tourne et finalement quitte la route dans un virage.

Les plans suivants cadrent un bâtiment dont on a du mal à identifier l’usage. Un hangar ? Un abri technique ? Une maison dont les vitres se trouvent sur l’autre pan, avec vue sur les montagnes ? Les plans sont fixes, mais pas les saisons, pas les chevaux, pas la neige, pas le coucher du soleil, pas l’engin de chantier qui évacue les broussailles. C’est un jeu quasi poétique des 7 erreurs, on s’amuse à chercher ce qui vient de changer : le nombre de chevaux sauvages, les feuilles sur les arbres, l’état de la clôture. Quand le va-et-vient des voitures s’intensifie, on finit par emboîter le pas d’un homme qui présente sa future maison à sa petite-fille.

Les travaux de transformation ont commencé et le moteur du grand-père, Ingimundur, est clairement sa petite-fille. Sans elle, pas sûr qu’il se lèverait le matin. Il l’emmène partout, à l’école mais aussi à la pêche, ou au commissariat quand il passe saluer les collègues. On devine que c’était sa femme au volant de la voiture disparue dans le brouillard ; on se croit en route pour une douloureuse histoire de deuil et de résilience.

Un jour, une institutrice, collègue de sa femme, lui apporte ses affaires qui se trouvaient encore à l’école. Il jette un œil dans la caisse mais un œil de policier, tout de même, qui décèle dans les objets anodins, la trace d’un amant. Un autre récit commence, rejoindra-t-il l’autre ?


Style, réaction, duo

Ce n’est pas tant le scénario qui est remarquable mais bien sa mise en scène pleine de caractère, débordante de personnalité, chargée de tension. Stylée.

Un style de plasticien. On s’en est rendu compte dès le début avec ce bâtiment vu sous toutes les lumières. Ce n’est pas un cinéaste d’action mais de réaction, Palmason filme toujours le contrechamp. Par exemple, dans cette très belle scène au bord du lit, Ingimundur raconte une histoire terrifiante dont on suit l’effet sur le visage de sa petite-fille.

Comme c’est un homme assez mutique, le cinéaste doit trouver des solutions pour révéler son bouillonnement intérieur d’amour et de haine. Ainsi la petite travaille un Kinderszenen de Schumann et au détour, elle évoque la souffrance du compositeur, confrontée à la liaison entre sa femme Clara et Brahms. Il utilise, aussi, avec subtilité la métaphore de l’homme qui se reconstruit, comme une maison.

On l’aura compris, le film repose sur un formidable duo d’acteur. Le sensationnel Ingvar Eggert Sigurdsson sorte de Nick Nolte islandais et la petite Ída Mekkín Hlynsdóttir, le grand-père et la petite fille, duo relativement inédit, en marge du ressort dramatique mais qui est le cœur du film. Ajoutez à cela, la beauté de l’Islande au bord de l’océan et on obtient tout à la fois, un thriller très tendu, un mélodrame qui éclaire les fissures d’un homme taillé dans le roc, une ballade intime dans une communauté où tout le monde se connaît, du pur cinéma visuellement fulgurant, même dans un tunnel. Hlynur Palmason, encore un cinéaste islandais à retenir.

Un jour si blanc / A White, White Day Thriller introspectif De Hlynur Palmason Avec Ingvar Eggert Sigurdsson, Ída Mekkín Hlynsdóttir, Hilmir Snær Guðnason Durée 1h 49.

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