Depuis le 15 juin dernier, la Fédération Wallonie-Bruxelles célèbre les 50 ans de l'aide publique au cinéma francophone belge. Le Centre du cinéma a concocté une liste de 50 films (fictions, documentaires et courts métrages) qui seront tous remontrés sur grand écran dans le cadre du programme "50/50: 50 ans de cinéma belge, 50 ans de découvertes" .

Pendant un mois, du 12 juillet au 12 août, Flagey reprogramme ainsi "L'icerberg" qui, en 2005, lança la carrière cinématographique du duo Abel et Gordon. Après trois courts métrages remarqués (dont "Merci Cupidon" et "Walking on the Wild Side"), le Belge Dominique Abel et la Canadienne Fiona Gordon, issus du monde du théâtre, signaient avec le Français Bruno Romy leur premier long métrage. Pas totalement abouti, certes, mais où s'ébauchait ce qui allait devenir un univers cinématographique très singulier, dans lequel le duo réimagine le burlesque muet au XXIe siècle. Suivront "Rumba", "La fée" et, en mars dernier, "Paris pieds nus".

Ce mercredi 12 juillet, rendez-vous dès 19h30 à Flagey, pour se replonger dans "L'icerberg", en présence d'Abel et Gordon. La projection du film sera suivie d'un drink.

=> Prix: 8€. Rens.: www.50cinquante.be ou www.flagey.be.

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A l'occasion de cette soirée spéciale à Flagey, nous vous proposons de relire la critique que nous écrivions lors de la sortie du film en décembre 2005.


Humour à froid

Bien connu des passionnés de théâtre, le tandem allumé formé par deux grands échalas, Dominique Abel et Fiona Gordon, fut découvert par les cinéphiles grâce à une série de superbes courts métrages: "Merci cupidon", "Rosita" et "Walking on the Wild Side". C'est donc avec une certaine impatience que l'on attendait cet "Iceberg", leur premier long en tant que scénaristes, réalisateurs et comédiens.

Passée une première scène désopilante, la tension redescend et l'on sent vite que cet humour burlesque sans dialogue, sans psychologie, reposant uniquement sur l'image, a bien du mal à passer le cap des 84 minutes. Si, ici ou là, on reste émerveillé par la beauté ou la poésie d'une scène -Abel qui s'habille le matin; Gordon qui mime un iceberg dans son sommeil-, on a le plus souvent l'impression d'assister à une succession de courts métrages plutôt qu'à un vrai long...

Pourtant, les auteurs ont construit une histoire pour servir de fil rouge à leurs délires visuels: Fiona, épouse et mère de famille modèle, se retrouve coincée une nuit entière dans la chambre froide du fast-food où elle travaille. Dès sa sortie, elle n'aura de cesse que de rejoindre le Grand Nord à la recherche d'un iceberg. Quittant tout, elle se lance corps et âme dans cette quête surréaliste...

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Burlesque revisité

En revenant à l'esthétique du muet, Abel et Gordon ne font pas mystère de leur admiration pour les grands noms du burlesque, de Chaplin à Keaton en passant par Tati ou, plus récemment, Kaurismaki. Comme eux, ils font confiance à l'image pour faire passer l'émotion et prennent le parti de ne jamais se moquer de leurs personnages lunaires. Malheureusement, ils n'en retiennent pas vraiment les leçons, celles de la simplicité et du naturel. En effet, rapidement, les scènes s'enchaînent pour se fondre en une sorte de pantomime répétitive.Car jamais ils ne parviennent à briser une certaine distance, une certaine froideur accentuées par les choix de mise en scène. Ne coupant pas vraiment le cordon avec la scène, Abel et Gordon en gardent les tics, sans réussir à adopter un langage cinématographique. Ainsi, "L'iceberg" est-il construit comme une succession de plans-séquences en cadres fixes très théâtraux dont le spectateur se sent constamment exclu.

Dans un style analogue, on préfère l'univers à la poésie chorégraphiée d'un Artus de Penguern qui, lui, avait réussi brillamment le passage du court au long avec "Grégoire Moulin contre l'humanité". Ce n'est, on l'espère pour Abel et Gordon, que partie remise...

Scénario & réalisation: Dominique Abel, Fiona Gordon & Bruno Romy. Photographie: Sébastien Koeppel. Musique: Jacques Luley. Montage: Sandrine Deegen. Avec Dominique Abel, Fiona Gordon, Robin Goupil... 1h24.

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Prochains rendez-vous de la rétrospective "50/50"

  • 14 juillet : Quand je serai dictateur de Yaël André à Cinematek
  • 24-29 août : Home sweet home de Benoît Lamy à Flagey
  • 27 août : Ma vie en rose d'Alain Berliner Cinematek
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