C’est un film qui vous cueille à froid et vous saute à la gorge. On a beau connaître le sujet, la violence des images brûle les yeux et le cerveau. Tous ces témoignages de manifestants molestés et de cortèges dispersés dans le tumulte et la violence ont fait le tour du monde. Jusqu’à interpeller l’Onu. On n’a pas oublié non plus les images hallucinantes de Vladimir Poutine faisant la morale à Emmanuel Macron sur les "dérapages et l’usage de la force publique" en France. Accusations face auxquelles le Président était resté imperturbable. À chaque fois qu’il a été questionné, l’homme politique français n’est sorti de sa réserve que pour justifier "l’action de la police républicaine", dont l’attitude sur le terrain était pourtant, et est de plus en plus, vivement contestée.

"Allô place Beauvau", son fil Twitter

Abordant la question de la "réponse légitime et proportionnelle" au désordre public ainsi que celle de la violence d’État ou la notion même de "police républicaine", le film de David Dufresne pointe la façon dont l’usage de la force publique a évolué au fil des décennies et même des siècles avec un emballement particulièrement sensible au cours des derniers mois. Un travail d’archivage auquel le journaliste se livre depuis des mois, notamment via son compte Twitter, et qui lui a valu le Grand prix du Journalisme 2019.

Face à la violence sociale, le sentiment d’injustice et la colère sont montés au sein de la population, les points de vue se sont raidis et la violence de la répression n’a fait qu’exacerber les tensions et nourrir les dérapages en série. La colère, le ras-le-bol et le ressentiment attisant le feu de part et d’autre de la rue, réduisant en cendres le sang froid et le professionnalisme attendus ou supposés des "gardiens de la paix". Ce qui est tout de même un comble dans une démocratie… Tout comme le refus de dialogue et le tout répressif ont poussé de plus en plus de citoyens, dégoûtés et en colère, à arpenter le pavé. Cette spirale de la violence, David Dufresne la retrace à travers des images recueillies sur les réseaux sociaux, témoins et invités de son documentaire y sont confrontés sur grand écran. Faisant face aux images, ils les décryptent en duo.

Par moments, la répétition et la juxtaposition peuvent donner au documentaire le profil d’un film à charge avec des prises de position qui relaient presque toutes le point de vue des manifestants, des "gilets jaunes" et des journalistes présents. Laissant le silence nimber leurs opposants. Les images de rébellion suivent celles de guérilla urbaine ainsi que des "remises au pas" extrêmement violentes et souvent totalement disproportionnées. Une spirale de violence à laquelle répond un montage circulaire, allant crescendo. Jusqu’à l’écœurement.

L’impression est d’autant plus forte que seuls deux membres des forces de l’ordre ou de l’administration ont accepté de répondre aux sollicitations du journaliste. Ces refus ne sont signalés qu’en toute fin de film. C’est à ce moment-là aussi que sont révélées les identités des divers intervenants (avocats, historiennes, sociologue, etc.), précisions tardives qui auraient pu utilement éclairer le débat en cours. David Dufresne explique la raison de ce choix dans l’entretien qu’il nous a accordé.

Un pays qui se tient sage Documentaire de guerre De David Dufresne Durée 1h26.

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