Le Suédois Roy Andersson épate avec son dernier essai sur la tragédie de la condition humaine.

Après "Les chansons du deuxième étage" en 2000 et "Nous, les vivants" en 2007, le Suédois Roy Andersson fait preuve d’une belle régularité - un film tous les sept ans - en clôturant sa trilogie sur la fragilité de la condition humaine par "Un pigeon perché sur une branche philosophait sur l’existence". Tout aussi génial que les précédents, cet essai philosophico-comique propose une vision peu engageante, pour ne pas dire totalement désespérée, de l’humanité. Une œuvre d’une rare mélancolie qui propose une plongée au plus profond de la détresse humaine.

Impossible à résumer, comme toujours, "Un pigeon perché sur une branche" se compose d’une juxtaposition de saynètes mettant en scène des êtres écrasés par le poids de l’existence, pour la plupart cadavériques, au visage blafard, comme déjà morts. Au gré de celles-ci, Roy Andersson pratique un humour ravageur, qui peut passer par la musique, la danse, les dialogues, le burlesque, la pantomime, le comique de répétition… Ce qui fait l’unité, c’est le regard désolé sur la nature humaine et la grande rigueur formelle. Avec quelques scènes mémorables d’une rare force évocatrice, comme ce grand lavage musical d’indigènes africains organisé par des colons anglais.

Pour dépasser la pantalonnade, Andersson conçoit un système esthétique puissant, fait de décors réduits à leur plus simple expression, de plans fixes, d’acteurs inexpressifs aux gueules pas possibles, de lumières fades… Au sein de ce système très cadenassé, la liberté est par contre totale, car Roy Anderson ne s’encombre d’aucune convention du cinéma classique. Ainsi, l’armée du roi Charles XII peut-elle débarquer du XVIIIe siècle pour venir boire un verre dans un bar miteux du XXIe siècle…

Très nordique dans son humour froid, le film dresse un constat implacable de la nature humaine. Mais chez le cinéaste suédois, la critique n’est pas politique, elle est philosophique. Comme dans chacun de ses films, Andersson montre en effet à quel point les hommes sont ontologiquement condamnés au malheur. Et c’est là la force du film. Car si l’on rit beaucoup face à ces sketches sortis de l’imagination étrange du Suédois, le but n’est jamais de moquer les hommes et les femmes qu’il met en scène. Ces personnages ne sont pas déprimés par leurs conditions de vie, ils subissent simplement leur existence, condamnés à une vie morne, où le temps semble ne pas passer…


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 Scénario&réalisation : Roy Andersson. Photographie : István Borbás&Gergely Pálos. Musique : Hani Jazzar&Gorm Sundberg. Montage : Alexandra Strauss. Avec Holger Andersson, Nils Westblom, Viktor Gyllenberg… 1 h 41.