À 18 ans, Beth (Sophia Lillis) a choisi de s’inscrire dans les pas de son oncle Frank (Paul Bettany), professeur de littérature à l’université de New York. En 1973, elle quitte donc Creeksville, un petit patelin de Caroline du Sud, pour aller étudier à Manhattan. Là, lors d’une fête chez son oncle, elle comprend pourquoi celui-ci a toujours été méprisé par son grand-père, Daddy Mac (Stephen Root)… La jeune fille découvre en effet que Frank partage sa vie, non pas avec Charlotte, la petite amie de confort qu’il sort pour les rares visites familiales, mais avec Walid (Peter Macdissi), séduisant quadragénaire musulman.

Un jour, Frank reçoit un coup de fil de sa mère (Margo Martindale) : il doit rentrer à Creekville au plus vite, Daddy Mac vient de mourir. Lors du voyage en voiture qui les emmène vers le Sud profond, Frank et Betty vont apprendre à mieux se connaître…

Le poids de la peur

Révélé grâce au scénario du formidable American Beauty de Sam Mendes (qui lui avait valu un Oscar en 2002), Alan Ball est un grand nom du petit écran. On lui doit en effet deux des séries les plus emblématiques de HBO : Six Feet Under (2001-2005) et True Blood (2008-2014), où il abordait déjà les thèmes qui sont au cœur de Uncle Frank : la famille et la différence.

Né dans le Sud, en Géorgie, Alan Ball n’a jamais caché son homosexualité - il est même l’une des voix fortes de la communauté LGBT aux États-Unis. Et l’on sent bien que ce second long métrage comme réalisateur (après Tabou(s) en 2007), dont il signe également le scénario, est fortement inspiré de sa propre expérience de jeune homosexuel dans une famille du sud des États-Unis. Même si, dans les années 70, il avait plutôt l’âge de la jeune Betty que celui de son héros, joué par Paul Bettany.

Loin de son rôle du super-héros Vision dans les franchises Marvel (notamment, tout prochainement, dans la série Disney + WandaVision), le Britannique incarne avec élégance et subtilité un homme de 45 ans qui, face à sa famille, est incapable d’assumer sa propre identité. Notamment à cause d’un père traditionaliste et tyrannique n’ayant jamais pu accepter la nature profonde de son fils. Face à lui, la jeune Sophia Lillis (vue notamment dans les deux Ça) et Peter Macdissi (acteur d’origine libanaise qui jouait déjà dans Six Feet Under et True Blood) complètent joliment le tableau de la famille de substitution que se choisit le personnage, comme un rempart face à celle qui le rejette.


Un portrait de l’Amérique

Comme toujours chez Alan Ball, les sujets sont graves, mais la tonalité est chaleureuse. Le cinéaste ne livre pas un film gay militant, mais compose un élégant portrait de l’Amérique rurale du début des années 70, nettement plus abouti que celui de Ron Howard dans Une ode américaine, dévoilé il y a peu sur Netflix.

Présenté à Sundance en début d’année et prix du public à Deauville il y a quelques semaines, Uncle Frank réussit à rendre accessibles et sensibles des questions délicates, et ce par la bienveillance du regard d’Alan Ball sur chacun de ses personnages.

Uncle Frank Comédie dramatique Scénario et réalisation Alan Ball Photographie Khalid Mohtaseb Musique Nathan Barr Avec Paul Bettany, Sophia Lillis, Peter Macdissi, Steve Zahn, Judy Greer, Margo Martindale… Durée 1h35.

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