"Une histoire de Fou" (comme la pièce aux échecs) s’ouvre en noir et blanc par l’assassinat, le 15 mars 1921 à Berlin, de l’ancien leader ottoman Talaat Pacha, principal instigateur du massacre des Arméniens pendant la Première Guerre mondiale. Son assassin, Soghomon Tehlirian, sera acquitté par le jury populaire allemand… De quoi faire rêver des générations d’Arméniens, qui souhaiteront continuer son combat, violent, pour la reconnaissance par la communauté internationale et par la Turquie du premier génocide du XXe siècle, dont on fête cette année le centenaire.

Soixante ans plus tard, dans le Marseille du début des années 80, le jeune Aram Alexandrian (Syrus Shahidi) décide de reprendre la lutte de ses aïeux. A Paris, il participe à l’attentat contre la voiture de l’ambassadeur turc, qui blesse grièvement Gilles Tessier (Grégoire Leprince-Ringuet), un cycliste qui passait par là… Aram fuit vers le Liban pour rejoindre l’Armée de libération arménienne, au grand désespoir de son père (Simon Abkarian) et de sa mère (Ariane Ascaride). Cette dernière et Gilles vont tenter d’entrer en contact avec le fils perdu de l’une, le bourreau de l’autre…

Robert Guédiguian avait déjà abordé la question de ses origines arméniennes dans "Voyage en Arménie" en 2006. Il y revient à nouveau. Pour ce faire, il s’est inspiré du récit autobiographique de l’Espagnol José Antonio Gurriarán, qu’il a replacé dans le contexte qu’il connaît le mieux, celui de Marseille. Comme parfois chez Guédiguian, "Une histoire de Fou" se fait malheureusement trop didactique pour décrire l’ambiance politique qui régnait sur le monde dans les années 80. On sent bien que le cinéaste cherche à faire du romanesque, à faire du cinéma, mais il ne parvient pas tout à fait à s’abstraire de la leçon d’Histoire. Ou plus exactement de la leçon de politique.

Cinéaste engagé très à gauche, Guédiguian se livre en effet ici à une réflexion sur l’usage de la violence, fût-elle au service d’une cause juste, et sur les dérives des luttes politiques armées. Il fleure d’ailleurs un parfum de désillusion sur cette "Histoire de Fou", comme si la nostalgie opérait toujours pour Guédiguian, qui condamne évidemment l’usage de la violence, mais qui semble regretter l’existence, alors, d’un souffle romantique et d’idéaux politiques forts.

Inutile de préciser que, depuis les attentats terroristes du 13 novembre dernier à Paris, le film a pris une tout autre actualité…


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 Réalisation : Robert Guédiguian. Scénario : Robert Guédiguian & Gilles Taurand (d’après "La bombe" de José Antonio Gurriarán). Avec Simon Abkarian, Ariane Ascaride, Grégoire Leprince-Ringuet, Robinson Stévenin… 2h14