Cinéma Eva Ionesco met en scène ses années Palace. Isabelle Huppert et Melvil Poupaud coulent à pic (de glace).

On jurerait un film parisien des années 80 retrouvé lors d’un déménagement des Cahiers du Cinéma. Le genre de film porté aux nues par la revue dont plus personne ne se souvient. Très chichiteur, très prétentieux, très surjoué.

C’est l’histoire d’une fille de l’Assistance publique qui s’éclate avec son tuteur au Palace, illustre phare dans la nuit parisienne. Harponnés par un couple de glandeurs richissimes ayant l’âge de leurs parents, ils forment un mariage à quatre, d’ailleurs célébré par le night-clubber de Libé. L’histoire se veut chic et trash, bien scandaleuse. La preuve, ils mangent des cornichons en buvant de la vodka.

Eva Ionesco avait pourtant réussi son entrée en cinéma. Dans My Little Princess, elle s’était déchargée du poids de l’exploitation perverse de son enfance par sa mère dans un véritable film d’horreur sur la manipulation affective. Un conte d’autant plus terrifiant qu’il n’avait rien d’imaginaire. Malheureusement, elle se plante complètement avec la suite qui, sans doute, n’a rien d’imaginaire non plus, mais qu’elle n’arrive plus du tout, cette fois, à mettre en scène.

Jamais, on ne parvient à s’intéresser à cette gamine qui minaude, tant la direction d’acteurs est calamiteuse. On se demande ce qui arrive à Isabelle Huppert, Melvil Poupaud, Galatea Bellugi - découverte dans Keeper, confirmée dans L’Apparition - pour être à ce point à côté de leurs pompes, à ce point ridicules. La nazerie atteint des sommets dans la reconstitution du Palace peuplé de créatures sorties d’une espèce de marvelerie à la française. Au début, le kitch et les acteurs qui surjouent faux font franchement rire mais rapidement, l’ennui s’impose implacablement et transforme Une jeunesse dorée en une interminable punition.

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"Une Jeunesse dorée", drame de Eva Ionesco. Scénario Eva Ionesco, Simon Liberati. Avec Isabelle Huppert, Melvil Poupaud, Galatea Bellugi, Lukas Ionesco. Durée 1h45