Cinéma

Présenté lundi soir en Compétition au 72e Festival du film de Cannes, Le Jeune Ahmed a été très chaleureusement accueilli par le public, qui a longuement applaudi les frères Dardenne, rapporte Belga. Interrogé par l’agence de presse belge, Jean-Pierre Dardenne confiait son plaisir de "pouvoir présenter un film ici". "C’est extraordinaire et en même temps se mélangent à cela de l’inquiétude, du stress, de la tension."

Une presse belge et française plutôt élogieuse

Les cinéastes liégeois peuvent-ils pour autant rêver d’une troisième Palme d’or après celles pour Rosetta et L’enfant de la part du jury du Mexicain Alejandro González Iñarritu ? Pas sûr. Côté rumeur, ce sont plutôt Céline Sciamma, avec Le portrait de la jeune fille en feu , ou Ladj Ly, avec Les Misérables , qui ont la cote…

Il suffit de jeter un œil à notre tableau étoilé (cf. page 8) pour se rendre compte que les Dardenne n’ont pas fait l’unanimité dans la presse belge, avec quelques notes assez sévères du côté de la presse populaire francophone comme La Dernière Heure, Sud Presse ou Vers l’Avenir, qui n’attribuent qu’une étoile au film. Même si La Libre, Le Soir, le Focus Vif, Moustique ou encore De Morgen défendent à nouveau le 9e long métrage des frères Dardenne. Fabienne Bradfer souligne par exemple le "terrible constat d’impuissance" auquel aboutissent les cinéastes dans leur 12e long métrage (le 9e consécutif présenté sur la Croisette).

En France, le film a été globalement très bien accueilli. Dans sa critique, le magazine Première parle du Jeune Ahmed comme d’un "Dardenne âpre", dans lequel les réalisateurs "renouent avec leurs racines en filmant sèchement la radicalisation d’un jeune garçon déterminé". Christophe Narbonne estime qu’"en ne cherchant pas à psychologiser les radicalisés, les Dardenne réussissent en définitive là où Téchiné a échoué avec L’Adieu à la nuit ."

Lui attribuant deux "T", Louis Guichard parle, lui, dans Télérama du film le plus fort des Dardenne depuis Le gamin au vélo en 2011. En "artisans modestes", ils "signent un portrait percutant, empreint d’une grande humanité", estime-t-il dans les colonnes du magazine culturel.

Moins sévère qu’a l’accoutumée avec les Liégeois, Le Figaro juge, sous la plume de Marie-Noëlle Tranchant, qu’avec un "tempo nerveux", le film "plonge au cœur du fanatisme du djihad avec une lucidité tragique". Libération se montre par contre un peu plus sévère avec ce film "plus dardennien que jamais", mais où "les frères belges touchent aux limites de leur méthode". Didier Péron ressent notamment une forme d’incompréhension des deux cinéastes face à leur propre personnage.

La presse internationale réservée

Le magazine spécialisé américain Variety s’étonne, lui, de voir les Dardenne prendre un "tournant controversé" avec Le Jeune Ahmed. "Comparé aux personnages précédents des Dardenne, Ahmed peut être difficile à lire au premier coup d’œil", note Peter Debruge, qui regrette "une fin précipitée", "comme si les Dardenne ne savaient pas comment conclure le film".

Bon indicateur de la réception d’un film sur la Croisette, le tableau du magazine professionnel Screen International, reprenant l’avis de dix critiques du monde entier, attribue une note de 2,4/5 au Jeune Ahmed. Une moyenne plutôt basse, en comparaison notamment avec celle de Douleur et gloire de Pedro Almodóvar (dont on pourra lire la critique en page 6), qui fait largement la course en tête, avec 3,3/5.

Le journaliste maison Allan Hunter défend cependant le film, après sa déception face à La fille inconnue. "Les Dardenne ont toujours gagné nos cœurs pour ceux qui sont incompris ou marginalisés par la société. Le défi, ici, est de nous faire au moins comprendre l’impensable", écrit-il, pour décrire ce personnage d’Ahmed, qui a décidément dérouté le festival de Cannes.