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Cinéma

Une vie moins ordinaire

A.Lo.

Publié le - Mis à jour le

Il s’appelle Jamal Malik. Il a dix-huit ans. Il vient du bidonville de Mumbai. Il n’a pas eu la vie facile, n’a reçu aucune éducation, a perdu sa mère quand il avait 5 ans. Et pourtant, il est à une question de remporter 20 millions de roupies à "Qui veut gagner des millions ?". Jamal, le serveur de thé, inculte et illettré, est-il A : un génie; B : un chançard; ou C : un tricheur ? Un inspecteur de police parierait sa chemise sur la réponse C. Mais Jamal n’a pas dit son dernier mot et son histoire, pour aller à son terme, doit d’abord être racontée depuis le début.

Légèreté

Depuis une dizaine d’années, Bollywood est "tendance" en Europe. Est-ce une conséquence directe ? Certains réalisateurs ne résistent pas à l’envie d’aller y faire un petit tour. Après Wes Anderson dans son "Darjeeling Limited", voici Danny Boyle sur les traces de ce "Slumdog millionaire", ce bâtard des bidonvilles au seuil de la fortune. Adapatant le roman "Les fabuleuses aventures d’un Indien malchanceux qui devint millionnaire", de Vikas Swarup (Belfond), le Mancunien brasse quelques thèmes ou motifs qui lui sont chers, mais, oubliant la noirceur de "28 jours plus tard" ou de "Sunshine", retrouve une légèreté qui sied bien à son cinéma. Au début de "Slumdog", comme dans "Millions", il y a deux gamins - Jamal et son frère Salim. Dans leur bidonville, ce sont les rois de la débrouille, jusqu’à ce que le destin les rende orphelins, en même temps que Latika. A partir de là, Boyle décline une histoire de fratrie comme la littérature et le cinéma en ont conté des centaines, mais qui trouve, sous le soleil indien, de nouveaux éclats.

"Réappropriation"

Sans succomber à l’exotisme, mais sans bouder son plaisir de filmer l’Inde fantasmatique, du Taj Mahal à la gare Victoria de Bombay, le réalisateur se "réapproprie" le suspense calculé du jeu télévisé qui rythme son récit - chaque question ouvre un chapitre de l’histoire de Jamal - qu’il dope avec de brusques montées d’adrénaline. Il retrouve là la verve visuelle qui était la sienne dans "Transpotting". Mais, cette fois-ci, un authentique héros des "Mille et une nuits" surgira des dépotoirs de l’humanité. On notera que Boyle a eu le bon sens de s’entourer de professionnels du cru : directrice de casting, costumière et assistant réalisateur, entre autres, sont Indiens. Ce souci d’authenticité transparaît jusque dans le casting où, à côté de quelques valeurs internationales du cinéma indien (Anil Kappor, Irrfan Khan), on découvre de nouveaux talents : Dev Patel ou Freida Pinto, notamment, dans les rôles de Jamal et de Latika adultes.

Le plus fort est que, malgré des ressorts prévisibles, il parvient à nous surprendre - ou, au moins, à nous faire courir avec lui - jusqu’à un générique final absolument enthousiasmant : nous sommes en Inde et au cinéma, que diable!, il faut que ça danse au moins une fois.

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