Cinéma

Entretien à Bruxelles

Tout en noir, de la tête aux pieds, Valérie Lemercier n’en broie pas pour autant. L’interview n’est pas son exercice préféré, elle se tient plutôt sur la réserve, mais contrairement à bien de ses collègues, elle n’est pas avare de son temps.

Quand on pense à la maman du "Petit Nicolas", on ne pense pas forcément à Valérie Lemercier. Le choix peut sembler bizarre à moins qu'il s'agisse de donner du relief au rôle, un désir d'émancipation à l'intéressée. C’est vrai qu’il avait une maman. Avec un tablier, un chignon et qui gueule tout le temps, c’est un peu tout ce qu’on se souvient d’elle. Quand on m’a proposé le rôle, je ne voyais plus très bien de qui il s’agissait. Je me souvenais de tous les enfants, du Bouillon. La mère c’est vraiment un personnage mineur. Je me suis mise au service du metteur en scène qui a eu l’idée de vouloir en faire une femme moderne. C’était le grand truc à l’époque, être moderne, être une femme qui sait conduire, une femme qui veut s’émanciper. En cela, elle s’inscrit bien dans l’esprit, le côté "Arts ménagers". J’avais l’impression d’être dans "Jours de France", un monde en papier.

Que représente "Le petit Nicolas" pour vous ? Beaucoup de bonheur. Je me souviens, c’était mon père qui nous les racontait. Ça me faisait rire et j’avais l’impression de ne pas être seule. Quand j’étais petite, je me sentais comme le petit Nicolas, je partais faire des fugues, je voulais qu’on ne me retrouve pas. Et qu’on pleure beaucoup. Je n’imaginais pas que je serais un jour sa mère. J’ai grandi avec lui et avec les dessins de Sempé qui m’ont toujours fait beaucoup rire. Il y six sept ans, j'ai été très heureuse de dîner avec lui. Je lui raconte que je suis allée dans un restaurant étoilé très chic, très prétentieux. J’avais commandé de l’eau et le serveur m’avait servi une eau écossaise en disant : "c’est une eau qui n’est pas trop grasse, qui a su garder toute sa minéralité". Quelques jours plus tard, il m’a rappelé en demandant s’il pouvait réutiliser la phrase dans un dessin. J’étais super-fière.

"Le petit Nicolas" renvoie-t-il à votre propre enfance ? Pas vraiment. Je vivais à la campagne, dans une ferme. Je me disais qu’il avait de la chance parce qu’il avait plein de copains et qu’il était fils unique. Nous, on était quatre filles. Lui, c’était tout pour lui.

Le film commence par cette phrase "Que voudriez vous faire plus tard?". Qu'elle aurait été votre réponse à l'âge du petit Nicolas ? J’aurais répondu "faire rire". Je ne savais que c’était un métier mais c’était cela qui me plaisait. A la maison, c’est moi qui faisais rire. Nous étions quatre filles, mais la dernière est venue beaucoup plus tard. J’étais la deuxième, c’est une bonne place entre ma grande sœur qui avait des responsabilités et la petite qui était très protégée. Moi, je n’étais ni protégée, ni responsable, j’étais un électron libre. La place la plus compliquée, c’est l’aîné car il est le fantasme des parents. Après, ils baissent les bras, c’est plus simple pour les autres. L’aîné me fait souvent de la peine dans une famille, il doit tellement correspondre à ce que veulent les parents Je suis contente de ne pas être l’aînée. Comme je suis contente de ne plus être un enfant. C’est difficile d’être un enfant. On n’a pas les codes, on n’est pas libre. Et c’est normal, un enfant ne doit pas être libre. Il ne doit pas être le chef. Mais la fraterie, en revanche, c’est une grande chance. La famille nombreuse, c’est bien, c’est un socle. C’est génial !