On l'a quittée rayonnante à l'écran; on la retrouve affable dans un hôtel bruxellois, son enthousiasme à l'idée d'évoquer sa collaboration avec Jean-Rappeneau à peine tempéré par un début de grippe. Rencontre éclair avec Virginie Ledoyen.

Jean-Paul Rappeneau est connu pour son extrême méticulosité. En quoi cela se traduit-il dans sa direction d'acteurs?

C'est effectivement quelqu'un de très méticuleux. Tout est story-boardé, avant même le début du tournage. Il sait exactement quels seront le découpage des scènes, les trajectoires des acteurs et, sur le texte, il est d'une extrême précision: on ne change pas un mot, pas une virgule. Il est un peu comme un chef d'orchestre, quelqu'un pour qui la musicalité est très importante, avec un sens du rythme et du timing particulièrement aiguisés - il est très vigilant en la matière.

Comment vous êtes-vous projetée dans l'époque?

Il la connaissait très bien, et il a mis tellement de soin à la reconstituer que je n'ai jamais eu la sensation d'évoluer dans un carton-pâte, ou dans quelque chose de factice. Il a su créer un univers, une atmosphère, le filet était là, on n'avait plus qu'à se mettre dedans et à se laisser porter par lui. Voilà, en tout cas, comment j'ai abordé ce film.

Le fait de vous colleter avec un univers assez classique vous attirait-il?

Oui et non. Pour moi, ce n'est pas vraiment un film classique, «Bon voyage». J'avais très envie de travailler avec Jean-Paul, parce que je trouve que c'est un cinéaste rare - assez rare en France, un peu à l'américaine, avec cette espèce de comédie, cette légèreté, cette subtilité, ce côté très populaire sans jamais être populiste, racoleur, et ce sens du spectacle. Je trouvais drôle et intéressant de vouloir faire sur une période de l'histoire assez tragique quelque chose de fantaisiste.

Comme «8 femmes», «Bon voyage» est un film choral. S'agit-il d'une forme que vous affectionnez particulièrement?

C'est un hasard. Ce qui m'intéresse, c'est travailler avec des cinéastes. Seconds rôles ou rôles principaux, peu importe. Quand on est acteur, on a envie d'être dans des univers, qu'un metteur en scène ait un point de vue sur votre personnage. J'aurais été bête de ne pas travailler avec Ozon, stupide de ne pas travailler avec Rappeneau. Ce sont des films que j'avais vraiment envie de tourner.

C'est le metteur en scène qui dicte prioritairement vos choix?

Oui, même s'il y a une combinaison d'éléments. Donnez un script à dix cinéastes, et vous aurez dix films différents. Donc, fatalement, c'est la rencontre: est-ce qu'on va pouvoir apporter quelque chose à une personne, est-ce que cette personne va être capable de faire en sorte qu'on lui apporte des choses, voilà ce qui est intéressant. Le metteur en scène est le catalyseur de ma motivation.

De Edward Yang à Gérard Krawczyk, de Danny Boyle à Jean-François Richet, on peut parler de grand écart...

C'est cela qui m'amuse. Je n'ai pas envie de m'interdire des choses, mais bien d'aller dans des univers différents. Sans chercher le contre-emploi systématique, je suis curieuse...

© La Libre Belgique 2003