Grand rendez-vous international du cinéma documentaire, le festival suisse se déroulera de façon virtuelle en ligne, du 17 avril au 2 mai prochains.

C’est devenu une triste habitude: les uns après les autres, les festivals de cinéma annoncent leur annulation, leur report (comme Cannes) ou leur tenue en ligne… Si le festival documentaire Millenium propose un best of des années précédentes jusqu’au 12 avril en attendant de pouvoir dérouler son édition 2020 dans les salles bruxelloise du 23 septembre au 1er octobre prochains, Visions du Réel a dû, lui, se résigner à se contenter d’une édition virtuelle, mais en mettant les petits plats dans les grands…

La 51e édition de ce grand rendez-vous du cinéma documentaire fondé à Nyon en Suisse en 1969 aurait dû se dérouler du 24 avril au 2 mai; elle aura finalement lieu en ligne du 17 avril au 2 mai. Directrice artistique du festival, Émilie Bujès explique: "Visions du Réel 2020 n’aura pas lieu sur la Place du Réel, dans les cinémas, sous la tente et au bar, à Nyon. Mais il aura résolument lieu sur Internet, avec quasiment la même généreuse diversité et rendra visite aux spectateurs chez eux, en élargissant au maximum sa portée…"

Un vrai festival

Concrètement, Visions du Réel rendra accessible la quasi entièreté de sa programmation (plus de 90%) grâce à la plateforme Festival Scope. Et ce via le site de la Radio-Télévision suisse-romande (pour toute la compétition nationale), sur Dafilms.com (pour la section Grand Angle), la plateforme documentaire Tënk (pour le section Latitudes) et évidemment sur le site du festival, où sera coordonné tout le programme. L’accès sera gratuit mais limité, comme dans une vraie salle de cinéma, à 500 spectateurs par séance.

Alors que les jurys délibéreront à distance pour attribuer les différents prix (dont le Sesterce d’or du meilleur documentaire), Visions du réel proposera également à ses spectateurs virtuels des rencontres vidéo avec les cinéastes invités. Désignée "Maître du Réel" 2020, la Française Claire Denis tiendra comme prévu sa masterclass en ligne. Tandis que l’on pourra revoir sur Tënk six de ses films, dont Beau travail (1999, en photo) avec Denis Lavant et Grégoire Colin, White Material (2009) avec Isabelle Huppert ou son documentaire Jacques Rivette, le veilleur (1990). La Brésilienne Petra Costa et le Suisse Peter Mettler, à qui sont dédiés les Ateliers 2020, donneront, eux aussi, leurs masterclasses en ligne et une sélection de leurs films sera disponible sur Dafilms.com.

Prévue durant la durée du festival, la grande exposition inédite imaginée par Jean-Luc Godard Sentiments, signes, passions – à propos du livre d'image sera, elle, dévoilée dès la réouverture au public du Château de Nyon.

© D.R.

Un film belge en lice

Parmi les dizaines de films présentés en avant-première « à » Nyon, on retrouve un documentaire belge, Nous la mangerons. C’est la moindre des choses. En lice dans la compétition Internationale Moyens et Courts Métrages, cette coproduction du Gsara et du Centre Vidéo de Bruxelles part à la rencontre de Nathalie Savalois, bergère dans les Cévennes, près du Vigan.

Cette bergère, Elsa Maury l’a filmée seule, lors de 24 séjours à ses côtés dans le Gard. De ce tournage au long cours, la cinéaste se concentre sur la relation très particulière qui se tisse entre les brebis et la jeune femme, dont on ne saura rien. Pas question ici de proposer une image romantique et pastorale, une carte postale du métier de berger. Non, ce que montre ici la cinéaste et artiste contemporaine (qui a consacré une partie de son travail à notre rapport à l'alimentation), ce sont les moments les plus durs: la mort d’un agneau, d’une brebis et, évidemment, le passage par la case abattoir, où l’héroïne met un point d’honneur à apprendre la découpe…

La question que pose Elsa Maury dans ce film à la mise en scène rigoureuse, aux dialogues rares, c’est en effet celle du rapport entre l’homme et l’animal qu'il tue pour se nourrir. Et ce en montrant la difficulté que peut avoir une éleveuse à se séparer de bêtes qu’elle chérit, qu'elle bichonne, qu'elle a nourries, parfois au biberon… Militant pour l’abattage à la ferme — uniquement autorisé en France et en Belgique pour la consommation personnelle —, la bergère chercher à redonner un sens à cette mise à mort, en l’entourant d’une forme de rituel et de respect pour l’animal. Au lieu de la reléguer loin des regards dans de sombres abattoirs, derniers maillons d’un élevage industriel « inhumain », aussi bien pour les animaux que pour les hommes qui y travaillent…

Après cette avant-première en ligne à l’occasion de Visions du Réel, Nous la mangerons devrait connaître une sortie dans les salles belges en juin ou en septembre 2020.