Acculée, l’humanité de 2063 n’a d’autre choix que de fuir une Terre, qu’elle achève tranquillement de détruire. Cela fait des années que se prépare un programme de colonisation d’une exoplanète proche, située à seulement 86 années de voyage de la Terre. C’est dans cette optique qu’ont été conçus artificiellement une trentaine d’enfants, futurs astronautes dont les petits-enfants seront chargés de débarquer sur la colonie. Éduqués dans un environnement clos et stérile — histoire qu’ils n’aient rien à regretter en quittant la Terre —, ceux-ci embarquent à bord du vaisseau Humanitas, accompagnés du Pr Richard Alling (Colin Farrell).

Après dix années de voyage, les enfants sont devenus des adolescents. À la mort brutale et inquiétante de leur mentor, les voilà livrés à eux-mêmes face à une menace extraterrestre invisible. Anciens alliés — ayant, les premiers, décidé d’arrêter de prendre les drogues qui les abrutissaient —, Christopher (Tye Sheridan) et Zac (Fionn Whitehead), jaloux de la jolie Sela (Lily-Rose Depp), deviennent peu à peu rivaux pour diriger l’équipage…


Niaiserie pour ados boutonneux

Scénariste et réalisateur de Voyagers, Neil Burger cite abondamment ses influences: 2001, l’Odyssée de l’Espace de Kubrick, Das Boot de Petersen ou encore Sa majesté des mouches de Goulding. C’en est presque touchant tant le résultat est à mille lieues de ces références prestigieuses… Connu pour avoir réalisé le premier volet de la saga pour ados 100% réac’ Divergente, mais aussi le remake américain d’Intouchables en 2017, le cinéaste livre un film de science-fiction absolument affligeant.

De Divergent, il a gardé l’envie d’étudier le comportement d’une bande d’ados placés dans des situations de crise, ici en autarcie totale dans un vaisseau dérivant à des dizaines de milliers de kilomètres de la moindre trace d’humanité. Il en aussi gardé une vision faussement rebelle de l’adolescence. Libérés de leur camisole chimique, les jeunes astronautes se retrouvent submergés par leurs pulsions, découvrent le désir — même si le film reste évidemment totalement chaste… Bref cette poussée d’hormones dans l’espace qui provoque un bouleversement complet de l’ordre établi. Qu’il s’agira pour les deux jeunes héros de rétablir, pour rentrer dans le rang de ce qui avait été prévu par les adultes.

Non content d’être totalement inoffensif thématiquement et mis en scène à la truelle dans des décors cheap, Voyagers est porté par de jeunes acteurs tous aussi fades les uns que les autres. Que ce soit Tye Sheridan (le jeune acteur prometteur de Mud de Jeff Nicholas, revu ensuite en Cyclope dans les X-Men) ou Lily-Rose Depp. N’ayant absolument rien à jouer, la fille de Vanessa Paradis et Johnny Depp (pourtant convaincante dans Planétarium ou La Danseuse) reste totalement inexpressive pendant tout le film, donnant l’impression d’avoir déjà été botoxée. Quelle tristesse...

© The Searchers

Voyagers S-F à boutons Scénario & réalisation Neil Burger Photographie Enrique Chediak Musique Trevor Gureckis Montage Naomi Geraghty Avec Lily-Rose Depp, Tye Sheridan, Colin Farrell, Fionn Whitehead… Durée 1h48

© Cote LLB