Quand un homme se cache dans la remise au-dessus de son garage, pour regarder sa propre vie dont il a volontairement disparu.

On connaît le coup de la panne d’essence. Mais méfiez-vous du coup de la panne de train. Voilà Wakefield, cadre d’une compagnie d’assurances, contraint de faire le reste du chemin à pied. Pourquoi ne répond-il pas aux appels de sa femme qui s’inquiète de son retard ? Pas envie d’une engueulade de plus au téléphone.

Envie d’un break plutôt.

Et le coup du raton laveur ? Plus rare mais fascinant.

Arrivé devant chez lui à la nuit tombée, Wakefied voit ce rongeur se faufiler dans la remise au-dessus du garage. Il le suit pour l’obliger à déguerpir et de la fenêtre de ce petit grenier, il aperçoit ses filles qui discutent, sa femme qui s’acharne sur son portable avant de s’en aller, de rage, balancer une assiette, à la poubelle. Un vieux fauteuil lui tend les bras et Wakefield s’installe pour regarder encore un peu ce fascinant spectacle : mater la vie dans sa propre maison.

Et de se réveiller le lendemain au même endroit avec le spectacle qui continue. Les jumelles ont oublié leur pique-nique, l’arrivée de la belle-mère, puis celle de la police, l’organisation d’une réunion de crise. C’est avec un malin plaisir qu’il observe sa femme, aux prises avec les événements et les poubelles. Il est hypnotisé par son propre reality show, jusqu’au moment où il s’aperçoit de la présence d’un écran invisible mais infranchissable.

Comment désormais expliquer à sa femme pourquoi il s’est planqué une semaine dans le grenier pour l’espionner, pour s’amuser à la voir paniquer et se dépatouiller avec les problèmes. Le break était fermé de l’intérieur, plus moyen d’en sortir.

Tirée d’une nouvelle de E. L. Doctorow dont les romans "Ragtime" et "Billy Bathgate" furent portés à l’écran par Milos Forman et Robert Benton, "Wakefield" aurait mérité une adaptation plus travaillée, un réalisateur plus inspiré, des acteurs mieux choisis.

C’est qu’il est frustrant de voir cette idée épatante d’un homme observant sa propre vie dont il a volontairement disparu, déboucher sur un film si moyen. Son formidable potentiel dramatique et philosophique se dégonfle dans des séquences d’une grande banalité. La mise en scène rame poussivement derrière le scénario? Quant aux acteurs, Jennifer Garner possède un corps mais pas forcément une présence et la métamorphose de Bryan Cranston n’est pas à la hauteur du dispositif.

Scénariste et réalisatrice, Robin Swicord avait une perle dans les doigts, elle ne la jette pas aux cochons mais elle est loin de livrer tout son éclat.


© IPM
Réalisation : Robin Swicord. Scénario : Robin Swicord d’a une nouvelle de E.L. Doctorow adaptée par Nathaniel Hawthorne. Avec Bryan Cranston, Jennifer Garner, Beverly D’Angelo… 1h46