Une comédie cynique jubilatoire sur le trafic d’armes durant les guerres contre le terrorisme de Bush.

Que voyez-vous quand vous regardez un soldat américain ? Un jeune patriote de l’Arizona défendant la démocratie et la liberté ? Moi, je vois 17 500 dollars d’équipement…" En 2005, David Packouz (Miles Teller) a quitté son boulot de masseur à domicile pour faire fortune, à 23 ans, dans le commerce des armes, rejoignant la boîte lancée par son copain d’enfance Efraim Diveroli (Jonah Hill). Lequel a trouvé le bon filon en devenant l’un des innombrables fournisseurs de l’armée américaine.

Au début de la guerre en Irak, l’administration Bush s’est en effet fait prendre la main dans le sac, en favorisant systématiquement la société Halliburton (l’ex-employeur du vice-président Dick Cheney) sans mise en concurrence. Depuis, les appels d’offres publics sont devenus obligatoires, publiés par milliers sur un site Internet du Pentagone, véritable eBay des armes. Au départ, David et Efraim se contentent de ramasser les miettes, les petits contrats, assumant leur statut de "chiens de guerre" ("War Dogs"), tout l’inverse du flamboyant "Lord of War" Andrew Niccol. Sauf que le succès leur monte à la tête et qu’ils décident de concourir au faramineux "contrat afghan", qu’ils décrochent en remettant une offre imbattable à 300 millions de dollars. Reste à mettre la main sur, entre autres, 100 millions de cartouches d’AK-47, qu’ils trouvent dans de vieux entrepôts albanais par l’intermédiaire d’un trafiquant d’armes (Bradley Cooper).

Décidément, Hollywood laisse désormais leur chance à ses spécialistes de la comédie ! Après Adam McKay et la crise des subprimes dans l’excellent "The Big Short", c’est au tour de Todd Phillips de s’essayer au divertissement intelligent avec cette adaptation sur des chapeaux de roue d’un article du magazine "Rolling Stone" retraçant le parcours de deux petits malins qui ont tiré parti du délirant effort de guerre américain…

L’auteur de la trilogie à succès des "Very Bad Trip" met tout son savoir-faire en termes d’efficacité au service d’une intrigue limpide, d’un récit rythmé et de personnages bien croqués. Miles Teller (découvert dans "Whiplash") et Jonah Hill, assez génial dans un rôle proche du sien dans "Le Loup de Wall Street" de Scorsese, campent avec gourmandise ces antihéros charismatiques, dont on devrait détester l’amoralité, mais dont on prend rapidement en sympathie le sens, très personnel, des affaires et de la légalité. D’autant que ces gamins de Miami, nourris au "Scarface" de Brian De Palma et qui partagent la devise de Tony Montana, "The world is yours", ne sont que le reflet de la société de l’avidité américaine. Et ils ne jouent que les intermédiaires, blanchissant les armes du marché gris pour le compte d’un gouvernement américain qui préfère parfois détourner les yeux pour ne pas connaître trop précisément la provenance de ses armes…

Coproduit par Bradley Cooper, voilà une comédie cynique pas piquée des vers, qui s’attaque l’air de rien à un vrai sujet : l’addiction de l’Amérique à la guerre, en l’abordant sous un angle politique et économique. Car la "guerre contre le terrorisme" est une vraie mine d’or pour certains. Depuis 2001, les Etats-Unis ont en effet dépensé 1 700 milliards de dollars en Irak et en Afghanistan !


© IPM
Réalisation : Todd Phillips. Scénario : Stephen Chin, Todd Phillips & Jason Smilovic (d’après un article de "Rolling Stone"). Photographie : Lawrence Sher. Musique : Cliff Martinez. Avec Miles Teller, Jonah Hill, Bradley Cooper, Ana de Armas, Shaun Toub, Barry Livingstone… 1 h 54.