Cinéma Après "Hedi", Mohamed Ben Attia propose un nouveau portrait touchant de la société tunisienne.

A19 ans, Sami (Zakaria Ben Ayed), élève sans problème, est sur le point de passer son Bac sciences. Est-ce le stress des examens ? Il est en tout cas pris de violentes migraines, avec vomissements et vertiges. Le scanner n’indique pourtant rien de grave. Sa mère Nazli (Mouna Mejri), prof, et son père Riadh (Mohamed Dhrif), cariste au port de Tunis, sont désemparés. Ils tentent d’aider comme ils le peuvent ce garçon taciturne, mal dans sa peau, incapable de s’accorder une pause dans ses révisions pour passer du bon temps avec ses amis. Un matin, alors qu’il semble aller mieux, Sami disparaît. Il est parti avec toutes ses affaires…

Découvert en Compétition à la Berlinale en 2016 avec le très beau Hedi, un vent de liberté , qui avait décroché le prix du meilleur premier film, Mohamed Ben Attia revient avec un second long métrage dans la même lignée. Toujours coproduit par les frères Dardenne, il signe en effet avec Weldi une nouvelle étude sensible de la société tunisienne.

Si Hedi se situait à la veille de la révolution de jasmin de 2010-2011, Weldi aborde, lui, une question moins ouvertement politique. Même s’il est toujours question, à travers le personnage de Sami, de décrire le malaise d’une jeunesse tunisienne incapable de se projeter dans l’avenir. Sauf que Ben Attia adopte cette fois le point de vue du père, un homme impuissant à venir en aide à un fils dont il ne comprend pas le malaise existentiel. Débutant comme une chronique du quotidien d’une famille tunisienne ordinaire, Weldi gagne progressivement en chair et en profondeur, quand on comprend les raisons du départ de Sami, que son père va tout faire pour tenter de retrouver.

A nouveau, Mohammed Ben Attia séduit par la sobriété de sa mise en scène et par la justesse de son regard sur les questions qui déchirent son pays. Toujours dans la retenue, le jeune cinéaste ne cherche jamais à en rajouter, préférant se concentrer sur la construction de personnages simples et émouvants (à nouveau campés par une série d’acteurs non professionnels), pour toucher à une forme de vérité des sentiments. C’est à travers le déchirement de ces personnages justes et dignes que, sans qu’elles aient besoin d’être explicitées ouvertement, les questions de politique et de religion apparaissent de façon sous-jacente. Pour décrire le malaise de la société tunisienne au lendemain d’une révolution qui a apporté la démocratie mais qui a aussi, malheureusement, réveillé le fondamentalisme islamique…


© IPM
Scénario & réalisation : Mohamed Ben Attia. Photographie : Frédéric Noirhomme. Musique : Omar Aloulou. Montage : Nadia Ben Rachid. Avec Mohamed Dhrif, Mouna Mejri, Zakaria Ben Ayed, Imene Cherif… 1 h 44.