Cinéma Steve McQueen change de registre avec un polar féministe adapté d’une vieille série anglaise.

Un soir, dans un entrepôt, la police de Chicago ouvre violemment le feu sur une camionnette, qui finit par exploser. A son bord, quatre malfrats, menés par Harry Rawling (Liam Neeson), disparaissent en même temps que leur butin, quelques millions de dollars qu’ils viennent de dérober à Jamal Manning. Malfrat notoire de la communauté afro-américaine, ce dernier se présente aux élections dans la 18e circonscription de la ville contre Tom Mulligan (Colin Farrell). Fils du puissant Jack Mulligan (Robert Duvall) et ami de Rawling, celui-ci est l’héritier d’une lignée d’hommes politiques irlandais qui ont toujours conservé la mainmise sur ces quartiers pauvres de South Chicago…

Malgré elles, les veuves des quatre gangsters se retrouvent plongées au milieu de ce panier de crabes politico-mafieux. A leur tête, Veronica Rawling (Viola Davis) décide d’exploiter un carnet laissé à son attention par son défunt mari. A la clé, un coup juteux qui pourrait les tirer d’affaires…


Après trois films coups de poing - Hunger, sur la grève de la faim d’un prisonnier de l’IRA, Shame , sur l’addiction sexuelle, et Twelve Years a Slave , sur l’esclavage aux Etats-Unis -, Steve McQueen revient avec un film a priori plus léger. Il signe en effet avec Widows un polar enlevé, inspiré de la série homonyme de l’Anglaise Lynda La Plante, diffusée en 1983 et 1985 (avant qu’elle ne connaisse le succès en 1991 grâce à la série Suspect n°1 avec Helen Mirren).

Mais le cinéaste et artiste contemporain britannique se sert du genre pour décrire quelque chose de plus profond. Déplaçant l’action dans les quartiers pauvres de Chicago, il s’attache à disséquer la violence et la corruption qui rongent une grande ville américaine contemporaine. Un peu à la façon dont l’excellente série HBO The Wire le faisait pour Baltimore. Sauf que McQueen doit condenser sa description en un peu plus de deux heures, tout en menant de front son intrigue policière. De quoi donner, par moments, un sentiment de trop plein.

Heureusement, McQueen est un sacré raconteur d’histoires. Et ce grâce à une mise en scène exemplaire, beaucoup moins démonstrative que dans ses films précédents. Bénéficiant en outre d’un casting de choix (avec notamment une grande Viola Davis), il tire le polar du côté de la tragédie féministe, en mettant en scène des femmes obligées de sauver leur peau dans un monde d’hommes et de violence. Et s’affranchir au passage de la domination patriarcale, qu’elle soit financière ou sexuelle.Hubert Heyrendt

Réalisation : Steve McQueen. Scénario : Steve McQueen & Gillian Flynn (d’après la série de Lynda La Plante). Photographie : Sean Bobbitt. Musique : Hans Zimmer. Montage : Joe Walker. Avec Viola Davis, Michelle Rodriguez, Elizabeth Debicki, Cynthia Erivo, Liam Neeson, Colin Farrell, Robert Duval, Daniel Kaluuya, Brian Tyree Henry… 2 h 09.

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