Cinéma Patty Jenkins et Gal Gadot respectent les codes mais les nuancent au féminin.

En 1918, Diana de Themyscira (Gal Gadot), Amazone élevée sur une île grecque peuplée exclusivement de femmes, a libéré un village flamand en attaquant les tranchées allemandes avec un espion américain, un Zouave algérien, un franc-tireur écossais et un pisteur indien…

Oui, c’est délirant. Oui, c’est un film de super-héros, vache à lait hollywoodienne depuis l’an 2000. Mais réduire ce film de Patty Jenkins (réalisatrice de "Monster", en 2003) à cela serait aussi expéditif que juger certains westerns à l’aune de la seule charge de cavalerie…

Diana, fille de la reine Hippolyta (Colie Nielsen), a grandi sur une île millénaire, sanctuaire des Amazones, créées jadis par Zeus pour défaire son fils rebelle Arès, dieu de la guerre. Convaincue qu’Arès reviendra un jour pour provoquer la fin du monde, Antiope (Robin Wright) prépare Diana à l’affronter.

Lorsque le capitaine américain Steve Trevor (Chris Pine) s’échoue sur leur rivage, traqué par des Allemands, les Amazones découvrent que la Grande Guerre ravage le monde. Y voyant l’œuvre d’Arès, Diana décide d’accompagner Trevor dans son univers.

La structure du film est convenue, récit des origines, croisement entre celles de Superman et de Captain America, où la super-héroïne découvre une réalité dont elle ignore tout, en luttant pour la liberté. Grandiloquence (la bataille finale) comme caricatures abondent (si Gal Gadot et Chris Pine modulent bien, les bad guys sont des caricatures).

Mais, premier bon point, les flonflons ignorent le Star-Spangled Banner. Créée sur le papier durant la Seconde Guerre mondiale, Wonder Woman est transposée durant la Première, où l’Histoire a jugé qu’aucun camp n’eut l’appenage du gaspillage de vies humaines. Et le récit parvient à situer métaphoriquement le mal (la guerre) de part et d’autre : bien vu.

Deuxième acquis : le regard vierge de Diana permet de souligner - au premier ou au second degré - l’inégalité des sexes. Pour Diana, née et élevée dans une communauté de femmes, l’égalité n’est même pas un droit, ni une revendication. Elle va de soi. Et Trevor l’admet. Ni le personnage ni l’acteur ne tente de prendre le dessus sur l’héroïne. Une réplique résume l’attitude de Diana : "Ce que je fais ne dépend pas de toi." Le scénario ne fait pas un enjeu de leurs divergences, encore moins de la romance.

La scène citée en préambule réunit ces nuances qui distinguent "Wonder Woman" du simple blockbuster avec héroïne badass singeant les mecs. Diana y affirme son libre-arbitre et sa différence. Elle agit par compassion et non par devoir.

Quand Steve tente de la retenir, il lui dit : "C’est le no man’s land" - sous-entendu : personne n’y survit. Elle aurait pu répondre, telle l’Eowyn du "Seigneur des Anneaux", "je ne suis pas un homme". Elle se contente d’esquisser un sourire. Pas supérieur ou condescendant, mais de certitude et de force tranquille, celles d’une femme qui sait qu’elle n’a besoin de personne. Et Steve et les autres suivent sans hésitation cette femme (auto-)déterminée.

"Wonder Woman" réussit là où les hommes ont échoué : les dernières pirouettes cinématographiques de ses collègues de DC Comics, Superman et Batman, furent des échecs. Elle accomplit son baptême du feu avec classe. Un autre genre de super-héros.


© IPM
Réalisation : Patty Jenkins. Avec Gal Gadot, Chris Pine, David Thewlis,… 2h21