Cinéma

On ne se méfie jamais assez des bouchons. Mais quel zombie a bien pu provoquer celui-ci ? Brad Pitt, un superagent des forces spéciales, ne croit pas si bien dire. Car, justement, une bande de zombies a déboulé sur Philadelphie. Il a juste le temps d’emmener sa femme et ses filles. Et d’appeler son patron aux Nations unies. Qui lui envoie un hélico pour les sauver.

Les zombies sont partout, et Brad Pitt va devoir reprendre du service, montrer son savoir-faire à sa petite famille et puis s’envoler avec un crack de la médecine biologique pour la Corée d’où l’épidémie semble partie. Le spécialiste n’a pas encore mis le pied sur le tarmac qu’il rate une marche. Paf ! C’est Brad qui va devoir faire tout le travail. On s’en doutait un peu. Et pas comme les Nord-Coréens qui, eux, ont trouvé une solution . Les autorités ont fait arracher les dents de toute la population. Pas de dents, pas de morsure ! Pas con, Pyongyang.

Mais Kim Dim Sun, n°3, ne doit pas affronter le lobby du dentifrice. Brad Pitt, lui, va devoir trouver autre chose pour sauver le monde, le cahier des charges estival traditionnel du gros hollywoodien.

Plus modestement, il s’agit d’accrocher les spectateurs aux accoudoirs en couplant deux frayeurs, celle générée par le film catastrophe et celle induite par les zombies. Mission accomplie.

C’est, finalement, bien de notre époque que d’élever au niveau de la superproduction, du blockbuster, du tentpole, comme on dit désormais à L.A., ce qui relevait autrefois de la série Z et du film fauché. Mais, dopé aux dollars, le genre ne s’est-il pas vidé de son sens, voire de son mythe qui remonte tout de même à Lazare, le premier des morts-vivants.

S’il existe des films de zombies dès les années 30, c’est George Romero qui va les ressusciter, en 68, avec "La nuit des morts-vivants" et son idée forte : personne ne les manipule, ne les instrumentalise. Les zombies n’ont pas d’identité, pas de sentiments, pas de maîtres, c’est une pure matière putride, la foule moutonnière moderne. Le zombie n’a pas de cape de fantôme, pas de canines de vampire, c’est Monsieur, Madame et les Enfants Tout-le-monde qui, une fois zombifiés, perdent la foi, la loi, mais pas l’appétit : la petite fille tue sa maman et mange son papa.

Mais pas question pour Brad Pitt de finir dans une assiette et de pulvériser le tabou familial comme Romero, bien au contraire. Brad Pitt fait même de la cellule familiale le socle imputrescible de son récit, c’est même double dose sentimentale. Il n’entend pas théoriser à la façon de Romero, en faire la métaphore des consommateurs ou des laissés-pour-compte. C’est que les zombies n’annoncent pas l’apocalypse, le jugement dernier, la fin du monde, mais seulement la mutation, l’avènement d’une nouvelle société, d’une nouvelle économie, d’une nouvelle culture.

A moins que ces zombies, à l’assaut des murs édifiés par Israël, constituent une représentation des Palestiniens ? Pas sûr, si on en croit le dossier de presse, Brad Pitt - outre la nécessité de remontrer sa tête dans une grosse production - souhaitait juste divertir ses deux garçons ! Un petit cadeau sympa à 200 millions de dollars, en somme.

Réalisation : Marc Forster. Production : Brad Pitt. D’après l’œuvre de Max Brooks. Avec Brad Pitt, Mireille Enos, Elyes Gabel… 1h56.