Xavier Dolan devrait faire une pause. Radoter à 30 ans, c’est inquiétant.

Le garçon a un talent hors du commun, souvenez-vous de Mommy. Il a un univers, un point de vue, une blessure mais le temps est venu pour lui de prendre l’air, d’arrêter de se filmer le nombril avec plus ou moins de style. Matthias et Maxime est le désolant constat qu’il n’a, pour le moment, plus rien à dire. Et pour occuper le terrain, il se répète avec une certaine agressivité, comme cette charge contre Denys Arcand dont il raille le troisième volet du Déclin de l’empire américain alors qu’il remake J’ai tué ma mère, en boucle.

Maxime (Dolan), qui va partir s’installer un temps en Australie, organise une fête d’au revoir avec ses potes. C’est le théâtre d’un gros suspense : Maxime va-t-il pécho Matthias ?

Les deux gars se sont embrassés une fois au lycée et puis une deuxième fois - pour de faux - pour les besoins du court métrage amateur. L’un fait semblant qu’il ne s’en souvient pas et l’autre aimerait remettre cela avant d’aller voir les kangourous. Le suspense est insoutenable, d’autant qu’il faudra deux bonnes heures pour connaître la réponse. Non, je ne la divulgacherai pas, ça se mérite : deux heures de fêtes assommantes. Ça hurle, ça boit, ça crise, ça se bagarre mais le pire: ça bavarde tout le temps en joual, à toute vitesse et tous ensemble. C’est la pagaille dans les sous-titres pourtant indispensables. On lutte, on lutte, on lutte et puis on lâche, on renonce à savoir qui dit n’importe quoi à n’importe qui.

Pécho, péchora pas ? On attend, sachant qu’avant le décollage du Montréal-Sydney, Maxime devra encore passer s’engueuler avec sa mère, toxique et alcoolique, bien entendu. Cette fois, ils s’envoient des télécommandes à la figure, ça change.

Matthias et Maxime, c’est Xavier qui pleure, Xavier qui rit, Xavier colère, Xavier émotion, Xavier qui s’est fait une tache de vin sur la figure. Ça doit bien vouloir dire quelque chose, mais quoi ? On a du temps pour réfléchir mais, c’est une autre réflexion qui est venue à l’esprit. Ce qui caractérise les grands cinéastes homosexuels comme Cukor, Fassbinder, Almodovar ou Bolognini, c’est leur capacité, dans un 7e art monopolisé par les hommes, à exprimer le point de vue des femmes. Alors que chez Dolan, elles sont juste hystériques pour la plupart.

Réservé aux inconditionnels de Xavier Dolan, pour le meilleur et cette fois pour le pire.

Matthias et Maxime Drame narcissique De Xavier Dolan Scénario Xavier Dolan Avec Xavier Dolan, Gabriel D’Almeida Freitas, Anne Dorval Durée 1h59.

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