Pourquoi ne pas profiter du confinement pour explorer le cinéma d’auteur. Petite liste de quelques plateformes incontournables à découvrir durant les longues soirées qui s'annoncent.

Depuis le début du confinement, il y a deux semaines déjà, la bande passante d’Internet est en surchauffe! Celles et ceux qui restent enfermés chez eux consomment en effet beaucoup plus de vidéos à la demande. À tel point que des géants comme Netflix ou YouTube ont dû consentir à réduire de 25% la qualité de l’image pour soulager le débit de données.

Un catalogue de 5000 films

Installés à Paris, les serveurs de la plateforme UniversCiné sont, eux aussi, à la limite de l’implosion. Consacrée essentiellement au cinéma d’auteur européen, cette plateforme gérée par les producteurs et distributeurs indépendants belges propose quelque 5000 films en VOD (location de 2,99€ à 4,99€ pour les nouveautés).

En version SVOD (vidéo à la demande par abonnement), UniversCiné propose UnCut. À partir de 7,99€/mois (avec un premier mois gratuit), on peut plonger dans pas moins de 1850 films. Parmi les derniers ajouts, on peut citer Mademoiselle de Park Chan-wook, le très beau La Prière de Cédric Kahn, La fille inconnue des frères Dardenne avec Adèle Haenel, Paris Pieds Nus de Gordon et Abel ou encore Le Départ (photo ci-dessous). Premier film de Jerzy Skolimowski tourné en dehors de la Pologne, cette production belge emmenée par Jean-Pierre Léaud décrocha l’Ours d’or à Berlin en 1967.

À noter que, d’ici quelques semaines, UnCut et UniversCiné laisseront la place à une plateforme européenne unique, intitulée Sooner.

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Une offre éditorialisée

Lancée en 2007 sous le nom The Auteurs, la plateforme londonienne MUBI se consacre à des oeuvres d’auteur sélectionnées avec un grand soin et accompagnées d’un vrai appareil critique. Pour 9,99€/mois (avec une offre à 1€ pour les trois premiers mois), on a accès à 30 films classés par thématiques. Avec, en ce moment, un clin d’oeil aux 70 ans de la Berlinale, un focus sur Louis Malle (avec notamment Ascenseur pour l’échafaud, photo ci-dessous, Zazie dans le métro ou Le feu follet), Joseph Losey (The Servant) ou sur le cinéma japonais de l’après-guerre du méconnu Yûzô Kawashima. À noter que le site propose aussi de la VOD simple (de La Jetée de Chris Marker à L’Empire des sens d’Oshima), ainsi qu’une base de données de 150000 films.

En France, la Cinémathèque des réalisateurs, Cinetek, propose une offre VOD (2,99€/mois pour 10 films) très éditorialisée analogue, en offrant des cartes blanches à de grands cinéastes. Le service n’est malheureusement accessible qu’en France. On se consolera en fouillant dans les archives de la Cinémathèque de Paris (entretiens vidéo, documents, articles…), accessibles gratuitement sur son site. On y dénichera un entretien avec Albert Uderzo, une conversation avec Arnaud Desplechin à propos de Faux coupable d’Hitchcock ou la masterclass donnée par James Gray à la Cinémathèque en décembre dernier.

Depuis 2010, la Cinematek de Bruxelles propose également sur sa chaîne YouTube plus de 300 films gratuites, puisé notamment dans sa très riche collection de films muets. Mais on trouve également des entretiens et des masterclasses avec de grands noms du cinéma comme Agnès Varda, les frères Dardenne, Jaco Van Dormael, Claire Denis, Michel Gondry, David Koepp, Hou Hsiao-hsien ou encore la grande monteuse Marie-Hélène Dozo...

Durant le confinement, la Cinémathèque de Milan, ville très touchée par le Covid-19, donne, elle, accès gratuitement en ligne à une partie de son catalogue, avec notamment à de nombreux films muets. Tandis que la Cinémathèque de Corée propose sur YouTube 200 films gratuits sous-titrés en anglais.

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1150 films gratuits

Immense base de données culturelle gratuite (livres, cours, livres audio…), Open Culture recense l’accès à 1150 films en ligne, dont des raretés d’Hitchcock, Chaplin, Lynch ou Burton. À moins de plonger dans 70 productions des studios russes MosFilm. Il faut fouiller un peu et certains films recensés ne sont plus disponibles, mais il y a plein de découvertes à faire pour les cinéphiles.

S’ils s’ennuient durant les longues soirées de printemps, ceux-ci pourront également se régaler de La Flor de l’Argentin Mariano Llinás (photo ci-dessous), auquel le Festival du film de Rotterdam offre gratuitement accès sur son site pour tout le Bénélux jusqu’au 6 avril. Sorti chez nous en salles l’été dernier, cette oeuvre-fleuve de 13h30, tournée durant dix ans, raconte, en quatre parties, six histoires différentes. « La grande aventure ciné de 2019 », selon notre confrère Fernand Denis.

Pour les amateurs de cinéma du réel, la plateforme française Tënk, lancée en 2016, offre (pour 6€/mois avec un premier mois à 1€) un accès à des dizaines de documentaires d’auteur classés thématiquement. Avec, par exemple, un focus sur l’édition 2020 de Cinéma du Réel, qui aurait dû se dérouler du 13 au 22 mars derniers. Celle-ci ayant dû être annulée, Tënk propose à ses abonnés de découvrir sept films qui auraient dû être montrés au Centre Pompidou à Paris…

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Revoir Re-Animator gratuitement

Enfin, les fans de films de genre se précipiteront, eux, du côté de Shadowz, plateforme de SVOD française (4,99€/mois) uniquement consacrée au cinéma fantastique avec des dizaines de nanars (ou pas) à se mettre sous la dent. À noter qu'en hommage à Stuart Gordon, disparu mardi dernier, Shadowz permet de revoir gratuitement (jusqu'à vendredi) son film culte, Re-Animator, adaptation très libre (tendance gore et sexy) de la nouvelle d'H.P. Lovecraft en 1985.

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