Le plus grand festival de cinéma au monde n’aura pas lieu en mai prochain comme prévu. Ses organisateurs annoncent un simple report. Mais est-ce réellement envisageable?

Le 27 février dernier, alors que la crise du coronavirus gagnait l'Europe, la Berlinale se clôturait sur une interrogation chez les festivaliers: se reverraient-ils au mois de mai sur la Croisette? Jour après jour, alors que la situation s’aggravait en France, il semblait de plus en plus improbable que le Festival de Cannes puisse se tenir, comme prévu, du 12 au 23 mai prochains. Jeudi soir, quatre jours après le discours télévisé d’Emmanuel Macron annonçant le début du confinement en France, les organisateurs, après avoir longtemps attendu, ont dû se résoudre à annoncer que la 73e édition ne pourra pas avoir lieu en mai.

"Plusieurs hypothèses sont à l’étude afin d’en préserver le déroulement, dont la principale serait un simple report, à Cannes, fin juin - début juillet 2020. Dès que l’évolution de la situation sanitaire française et internationale nous permettra d’en évaluer la possibilité réelle, nous ferons connaître notre décision, dans le cadre de la concertation actuelle avec l'État et la Mairie de Cannes, ainsi qu’avec le conseil d’Administration du Festival, les professionnels du cinéma et l’ensemble des partenaires de la manifestation", explique le communiqué du festival.

Spike Lee solidaire

Interrogé dans la foulée par le magazine américain Variety, Spike Lee, qui devait présider le jury de cette édition 2020 du festival, a dit être "100% d’accord" avec cette décision de report. "Le monde a changé et change tous les jours. Des gens meurent en France et comme le président français l’a répété plusieurs reprises: ‘Nous sommes en guerre.’ Ou plutôt, en paraphrasant: nous sommes dans une situation de guerre."

Spike Lee s’est dit prêt à assumer son rôle de président du jury si le festival parvenait à changer ses dates. "N’oublions pas qu’il s’agit du plus grand festival au monde, de la plus grande scène pour le cinéma et que je serai le premier président du jury noir", a-t-il expliqué, en appelant chacun à prier pour la découverte d’un vaccin et pour que chacun puisse se redresser "physiquement, émotionnellement et financièrement". "Ce n’est pas une blague. On n’est pas dans un film. Des gens meurent!", estime le réalisateur de Do The Right Thing ou BlacKkKlansman, confiné chez lui à Brooklyn.

© Loic Venance / AFP

Un report ou une annulation?

Mais le festival de Cannes pourra-t-il réellement avoir lieu fin juin-début juillet, comme espéré par ses organisateurs? Il y a une semaine, Le Point, citant des sources au sein du conseil d’administration du festival, affirmait que la décision d'annuler purement et simplement le festival avait déjà été prise et qu'elle serait annoncée le 16 avril prochain, lors de la traditionnelle conférence de presse de Thierry Frémaux présentant la programmation…

Une telle annulation — qui n’est arrivée qu’une seule fois dans l’histoire, lors des événements de Mai 68 — serait catastrophique pour Cannes. Comme l’a révélé Variety le 10 mars dernier, le festival ne serait en effet pas couvert par les assurances en cas d’annulation. Le report semble donc la meilleure solution. Mais si la situation n’est pas revenue à la normale fin juin, la fenêtre sera sans doute définitivement fermée pour Cannes… Fin août, c’est en effet le début de la Mostra de Venise, suivie du festival de Toronto. Puis par Deauville, Rome, Londres ou encore Telluride…

Dans la profession, peu de gens semblent d'ailleurs réellement croire à la tenue du festival en juillet. Interrogée par le quotidien 20 Minutes, une distributrice française estime qu'"il est peu probable que les Américains prennent le risque de venir à cette période, tout comme les Asiatiques, car l’épidémie est un phénomène mondial". Un réalisateur ajoute: "Cela risque d’être compliqué. Mon hôtel m’a annoncé qu’il était déjà plein pour le début de l’été."