Maryam (Sadaf Asgari), 22 ans, a été condamnée à mort pour le meurtre de son mari, un riche entrepreneur de Téhéran de 43 ans son aîné dont elle attendait un enfant. La jeune fille affirme avec conviction qu’il s’agissait d’un terrible accident. Et que, si elle a fui en courant sans appeler l’ambulance, c’est qu’elle pensait l’homme déjà mort, alors qu’il a encore agonisé durant 40 minutes…

Sa seule chance de ne pas être exécutée est d’obtenir le pardon de la fille de la victime, son ancienne amie Mona (Behnaz Jafar). Cette grâce sera annoncée, ou pas, en direct sur le plateau d’une émission de télé-réalité, La nuit du pardon, diffusée à l’occasion de Yalda, le "Noël" iranien. Selon la loi et la religion iraniennes, le parent d’une victime peut en effet exiger la condamnation d’un meurtrier, ou au contraire lui accorder son pardon…

Tradition et modernité

Yalda s’ouvre sur un beau plan nocturne de Téhéran. Une tour immense, des lumières scintillantes, une activité fourmillante. Le tableau d’une cité moderne, ancrée dans la réalité d’aujourd’hui. Le contraste n’en est que plus grand avec le sujet du film de Massoud Bakhshi : cette possibilité traditionnelle de pardonner au lieu d’appliquer la loi du talion.

En choisissant d’aborder ce thème par le biais d’une émission télé, le cinéaste iranien construit son suspense sur le choc entre la tradition et la modernité.

Ce qui fait la force du huis clos - l’intrigue se déroule entièrement dans les studios de télévision, en temps réel, le temps que dure l’émission - dessert également un peu Yalda. Dans son film précédent, Une famille respectable en 2012, Massoud Bakhshi livrait un polar dense, très sombre, sur l’état de la société iranienne ; il paraît ici moins mordant. Engoncée dans son dispositif strict, sa mise en scène a moins la possibilité de s’exprimer, réduite, une bonne partie du film, à pasticher l’esthétique kitch d’une émission de télé-réalité, en convoquant un chanteur ou une actrice pour lire un poème persan…

Reste que Yalda offre à nouveau un point de vue étonnant sur l’Iran, un pays qui continue de fasciner et d’étonner au cinéma. Face à ce dilemme universel mis en scène par Bakhshi, les personnages réagissent parfois de façon totalement inattendue, jusqu’à nous faire paraître très étranges certains plaidoyers pour le pardon…

Yalda, la nuit du pardon Thriller télévisé Scénario & réalisation Massoud Bakhshi Photographie Julian Atanassov Montage Jacques Comets Avec Sadaf Asgari, Behnaz Jafari, Babak Karimi, Fereshteh Hosseini, Arman Darvish… Durée 1h29.

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