Cinéma L’Espagnole Icíar Bollaín retrace la vie du danseur étoile cubain Carlos Acosta.

Carlos Acosta est le premier danseur noir à avoir décroché le rôle de Roméo dans le ballet Roméo et Juliette de Prokofiev à l’English National Ballet de Londres, qu’il a rejoint en 1998. Danseur étoile de grand talent, le Cubain a également travaillé pour le Ballet national de Cuba, avant de créer sa propre troupe à La Havane en 2015, "Acosta danza". C’est sur cette grande figure de la danse contemporaine que revient Icíar Bollaín dans son nouveau film.


Après le doux-amer L’olivier en 2016, sur les conséquences de la crise financière en Espagne, l’ancienne actrice espagnole, vue notamment chez Ken Loach dans Land and Freedom, change a priori de registre, passant au biopic, mais pas de tonalité pour autant. Cette figure exemplaire, Bollaín l’aborde en effet avec le même regard naïf et bienveillant, en plaçant la réussite du grand danseur (interprété par Carlos Acosta lui-même au présent) en regard de l’enfant qu’il était dans les années 1980 et que son père surnommait affectueusement Yuli. Un père dur pourtant, qui poussa son fils, qui préférait les rues de La Havane aux salles de classe, à devenir danseur professionnel, en l’inscrivant au sein de la prestigieuse Académie nationale de ballet de Cuba.

Inspiré des mémoires d’Acosta publiés en 2007, le scénario (à nouveau signé par Paul Laverty, fidèle scénariste de Ken Loach et mari d’Icíar Bollaín) met donc en scène une sorte de Billy Elliot inversé. Un jeune garçon que ses camarades traitent, lui aussi, de "PD" parce qu’il danse mais qui, lui, malgré son talent fou, n’a jamais voulu être danseur… Un choix imposé par un père désirant que son fils puisse, en embrassant cette carrière internationale, sortir de la misère dans laquelle vivait la famille.

En fond, ce que proposent Bollaín et Laverty, c’est en effet aussi un portrait, vivant, de Cuba, de sa joie de vivre, de son amour de la danse, de la musique, de la culture… Mais qui montre aussi la pauvreté, la tentation de l’exil vers la Floride et la peur de déplaire au régime. À la fois dedans et dehors (il a même dansé pour les Yankees, au Ballet de Houston), Acosta porte un regard amoureux sur son pays, quand il dit par exemple : "Je dois être le seul Cubain à vouloir rester ici, alors que tout le monde veut partir…"

Malgré une approche assez convenue, notamment dans l’utilisation très classique des flash-backs, Yuli parvient à faire se répondre passé et présent. Pour montrer, à travers de très belles scènes dansées par Acosta lui-même, comment il s’est inspiré de son enfance pour créer des chorégraphies contemporaines où il a su transcender toute sa frustration par rapport à son père, sa jeunesse et son identité cubaine.

Yuli Biopic De Icíar Bollaín Scénario Paul Laverty Musique Alberto Iglesias Avec Carlos Acosta, Keyvin Martínez, Edlison Manuel Olbera Núñez, Santiago Alfonso… Durée 1h44.

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