Livres - BD

Il y a quelques semaines, nous nous félicitions de l’édition des "Aventures de Jo, Zette et Jocko" en un volume (d’un format légèrement inférieur à celui des albums originaux.) Ce recueil en couleurs réunit les deux tomes du "Stratonef H.22" - "Le Testament de M.Pump" et "Destination New York" -, les deux du "Rayon du Mystère" - "Le Manitoba ne répond plus" et "L’éruption du Karamako" - et "La Vallée des cobras". Les heurs et malheurs de la famille Legrand, créée dans "Cœurs Vaillants" dès 1936, alimentant une série peu (sinon pas) connue des moins de treize ans d’aujourd’hui; aussi se réjouit-on qu’ils puissent à leur tour s’en délecter comme nous nous en délectâmes il y a un demi-siècle. Aurons-nous droit, un de ces quatre, à pareille intégrale pour les "Quick et Flupke", eux aussi peu lus par les jeunes biberonnés au Titeuf ?Formons-en le vœu. Pour en revenir à "Jo et Zette", souhaitons que chaque titre soit réédité en fac-similé des albums d’entre1951 et1957, à l’instar de ce qui a été si magnifiquement réalisé pour les "Tintin".

VINGT-QUATRE TITRES

Si la formule des intégrales a ses bons côtés (surtout si elles s’accompagnent de pages documentaires, à l’image des bonus pour les DVD), elle peut présenter des inconvénients. Ecrivons-le l’amer dans l’âme (que de cela, nul ne doute): c’est avec déception que nous avons parcouru ce "Tout Tintin" qui regroupe, en un colossal volume, l’intégrale des "Aventures de Tintin", intégrale hélas dépourvue de la moindre préface ou postface. Monumental (entendez: par son épaisseur), ledit "Tout Tintin" réunit les vingt-quatre titres de la série née du génie d’Hergé. A savoir: "Les Aventures de Tintin au pays des Soviets" (dont les exemplaires de l’édition originale se vendent à prix d’or), "Tintin au Congo" (qui suscita des polémiques), "Tintin en Amérique", "Les Cigares du Pharaon", "Le Lotus bleu", "L’Oreille cassée", "L’Ile noire" (ici dans la version remaniée, parue en 1966, redessinée avec Bob De Moor), "Le Sceptre d’Ottokar", "Le Crabe aux pinces d’or", "L’Etoile mystérieuse" (le plus controversé des "Tintin"), "Le Secret de la Licorne", "Le Trésor de Rackham le Rouge", "Les 7 Boules de cristal", "Le Temple du Soleil", "Tintin au pays de l’or noir", "Objectif Lune", "On a marché sur la Lune" (ce diptyque absolument prodigieux), "L’Affaire Tournesol", "Coke en stock", "Tintin au Tibet", "Les Bijoux de la Castafiore", "Vol 714 pour Sydney", "Tintin et les Picaros" et, enfin, demeuré à l’état d’esquisse, "Tintin et l’Alph-Art". Une œuvre qui, dans l’histoire de la Bande dessinée, est d’un poids comparable à celui qu’a, dans la littérature française du XXe siècle, "A la Recherche du Temps perdu" de Marcel Proust.

SUR NOTRE FAIM

A nos yeux, et nous n’en démordrons pas, les aventures de Tintin (dont la moitié sont autant de chefs-d’œuvre) se doivent d’être lues albumpar album (ne serait-ce que pour mieux en savourer les mythiques couvertures) et non pas, comme dans cette brique, consommées à la queue leu leu. Même les couleurs nous semblent, ci et là, trop appuyées. On déplore aussi que le format des planches soit inférieur aux volumes devenus des classiques (appelons les choses par leur nom, sapristi!) dont toute bibliothèque privée ou publique se doit d’abriter l’entièreté. Mais pas sous cette forme. Sans qu’on sache déterminer pourquoi, l’enchantement fait faux bond dans cette version (qui ne sera pas rééditée) qui nous laisse sur notre faim.