Tous les lacaniens de Belgique

L. B.

Avant d'estimer, par d'autres biais qu'un microtrottoir, qui en la matière donnera probablement très peu de résultats, combien de «psy» belges sont lacaniens, mieux vaut dépoussiérer le célèbre divan. S'il est possible d'avoir une idée approximative du nombre de psychiatres en Belgique (2 068, dont les plus rares neurologues et neuropsychiatres), il est plus difficile de savoir combien notre pays compte de psychologues et psychothérapeutes.

Il faut en effet savoir qu'il y a des psychologues-psychanalystes et des psychiatres-psychanalystes mais aussi des philosophes ou des sociologues; que ces psychanalystes sont tantôt freudiens «orthodoxes», tantôt «lacaniens», tantôt freudo-lacaniens et parfois jungiens. En outre, la fracture entre la psychiatrie et la psychanalyse semble s'accentuer dans le sens où moins de psychiatres sont également psychanalystes et où les psychanalystes ne se recrutent plus beaucoup parmi les psychiatres.

Cependant, en raisonnant logiquement et en tenant compte du fait qu'il faut être psychanalyste pour être lacanien, on peut avancer le chiffre d'environ 200 lacaniens en Belgique issus de quatre des cinq écoles de psychanalyse belge, la première et la plus ancienne d'entre elles étant la Société belge de psychanalyse freudienne «orthodoxe» qui, comme l'indique le surnom que lui donnent les lacaniens, n'a pas intégré l'enseignement de Jacques Lacan.

DE 15 À 200

Dans les années 60 à l'Université catholique de Louvain, un noyau de professeurs des facultés de Philosophie et de Psychologie ont introduit la théorie de Lacan et ont créé l'Ecole belge de psychanalyse Belgische school voor psychoanalyse , où se sont formés un grand nombre d'analystes dont certains quitteront l'Ecole belge de psychanalyse pour s'affilier à des groupes plus exclusivement lacaniens. Aujourd'hui, l'Association pour la cause freudienne, l'Association freudienne de Belgique et Le questionnement psychanalytique travaillent à partir des concepts du célèbre psychanalyste français, comme, en partie cette fois, l'Ecole belge de psychanalyse, autant d'institutions fréquentées

par des psychiatres, psychologues, philosophes, voire mathématiciens; le droit d'entrée implicite à l'école de psychanalyse étant d'avoir suivi une formation de niveau universitaire.

N'importe qui ne peut donc décorer sa façade d'une plaque en cuivre de psychanalyste puisqu'il faut, pour être reconnu, avoir en outre suivi une psychanalyse poussée, participé à de nombreux séminaires théoriques et cliniques et pratiquer une ou plusieurs cures sous contrôle. Deux cents, c'est peu et beaucoup à la fois quand on apprend que les psychanalystes lacaniens étaient à peine 15 dans les années 60. Depuis lors, beaucoup ont eu le temps de suivre leur formation et la demande des patients a augmenté mais pas de manière proportionnelle à «l'offre». Les temps où il fallait attendre plusieurs mois voire plusieurs années pour entamer une analyse qui elle-même durerait plusieurs années sont donc révolus. De plus, se sont développés parallèlement d'autres courants psychothérapeutiques (thérapies cognitivo-comportementales, thérapies familiales systémiques et thérapies existentielles) dont la formation est plus courte que celle préparant à l'analyse du transfert et qui, d'autre part, proposent des pistes peut-être plus concrètes et plus rapides, même si, selon Patrick De Neuter, psychanalyste freudo-lacanien (Association freudienne) et directeur du Centre de formation à la clinique psychanalytique de l'UCL, «on ne peut guérir profondément et rapidement à la fois». Toujours est-il que les trois courants thérapeutiques précités, qui semblent aussi répondre à une demande de «fastsociety», sont enseignés dans une soixantaine d'écoles et dominent aujourd'hui le paysage psychiatrique belge comme dans les pays anglo-saxons.

© La Libre Belgique 2001