Les femmes de la Bible, selon Marek Halter

Marek Halter est d'abord un conteur. Il n'est jamais aussi heureux qu'en puisant ses histoires à la mémoire juive, jamais aussi passionnant. Cette fois, il y revient à travers des femmes. Trois romans. Trois plongées dans la Bible. Trois moments clés de l'histoire fondatrice des trois monothéismes. Sarah, Tsippora et Lilah...

Robert Verdussen

Marek Halter est d'abord un conteur. Il n'est jamais aussi heureux qu'en puisant ses histoires à la mémoire juive, jamais aussi passionnant. Sa «Mémoire d'Abraham» a fait le tour du monde il y a une douzaine d'années. Cette fois, il y revient à travers des femmes. Trois romans. Trois plongées dans la Bible. Trois moments clés de l'histoire fondatrice des trois monothéismes. Trois personnages féminins. Et d'abord, Sarah, épouse stérile d'Abraham et pourtant mère d'Isaac sur le tard (Robert Laffont, 296 pp., env. 21 €). Suivront Tsippora, l'épouse de Moïse, une Noire défendant les étrangers et les exclus à travers la loi, et Lilah qui prendra la tête du retour des juifs à Jérusalem après l'exil à Babylone.

La lecture de la Bible frappe, aujourd'hui plus que jamais, par l'absence de regard féminin sur cet immense récit. «C'est vrai, constate Marek Halter, il y a des manques qui proviennent de la rédaction de ces textes. Ont été écartés, au cours des siècles, trois sortes de récits: d'abord, ceux qui pouvaient éventuellement désespérer l'humanité par leur pessimisme; ensuite, ceux qui, trop compliqués, risquaient de détourner le croyant du vrai Dieu; enfin, ceux des femmes. Au premier siècle, la femme est la procréatrice, la responsable du foyer et elle est écartée des affaires.»

Le premier des trois romans de Marek Halter regorge de détails sur la vie quotidienne à Sumer, d'où est originaire Sarah, et à Canaan, où Abraham conduit le peuple hébreu. «Les questions qui restent sans réponses dans le récit biblique, j'ai tenté d'y répondre en relisant les textes de l'époque qui racontent la vie quotidienne. Il en existe des milliers sous forme de tablettes. Sumer a inventé l'écriture cunéiforme et donc abstraite qui a permis, j'en suis persuadé, d'inventer pour la première fois un Dieu abstrait. Les détails de la vie quotidienne de Canaan, je les ai trouvés dans les hiéroglyphes d'un écrivain égyptien exilé de l'époque, Sinoé.»

Quelle est, dès lors, la part de la réalité historique et de la fiction dans ce premier roman? «Les personnages existent. J'imagine le reste en tenant compte du contexte historique.» Le père d'Abraham fabriquait des idoles? «Exact. Des écrits de l'époque et des textes du Talmud le confirment.» La stérilité de Sarah était volontaire? «On ne sait pas. Ce qu'on sait c'est que le premier produit contraceptif était une herbe de sécheresse, attestée par des documents d'époque. J'imagine que Sarah en a usé dans un premier temps.»

Le destin d'Abraham aurait-il été différent s'il avait épousé une autre femme que Sarah? «Sarah représente la femme sumérienne: elle sait lire et écrire. Avec Abraham, elle épouse un rêveur capable d'imaginer un dialogue avec un Dieu invisible. Elle-même en est incapable. Mais elle donne à son époux, grâce à l'écriture, le moyen de transcrire et de transmettre le message divin.»

© La Libre Belgique 2003