Le cheveu est bavard

Tirées par les cheveux parfois coupés en quatre, les lectures de coupe révèlent d'étonnantes choses. A qui peut décoder leur langage, ces fins fils bien vivants parlent

LAURENCE DARDENNE
Le cheveu est bavard
©Johanna de Tessières

INTERPRÉTATIONS

Le cheveu est un bavard. Un grand bavard, même. Qui l'eut cru? Si pas Mathieu sur la tête duquel il n'y a plus qu'un cheveu, il en est au moins un qui est clairement convaincu: Michel Odoul, co-auteur avec Rémi Portrait, professionnel de la coiffure, de «Cheveu, parle-moi de moi», paru aux Editions Albin Michel (12,50 €)

Troublante réincarnation de Clo-Clo, le cheveu blond devenu grisonnant, Michel Odoul, praticien Shiatsu et psycho-énergéticien, est péremptoire lorsqu'il évoque cet «appendice apparemment inerte et neutre de notre réalité physique». Selon l'intarissable auteur, conférencier à ses heures, invité dans le cadre du lancement de la nouvelle gamme de shampooings et produits de soin Sunsilk, «le cheveu est beaucoup plus vivant et parlant que nous ne l'imaginons. La police scientifique et une certaine médecine ne s'y sont pas trompées. Elles savent en effet «faire parler» nos cheveux et ceux-ci «se mettent d'ailleurs facilement à table» pour qui sait les interroger.»

Et lui, évidemment, il sait. Alors, à notre tour, on l'interroge. Et que nous disent ces fils vivants et vibrants dans lesquels sont inscrits, selon lui, alimentation, rythme de vie, sexualité, stress voire emploi du temps? «Ils sont le baromètre de notre santé morale, psychologique, car ils vibrent à l'unisson de nos états d'âme et de nos traumatismes. (...) Ils sont porteurs d'une symbolique inconsciente profonde qui remonte jusqu'à l'aube de l'humanité. (...) Ils sont les fils qui nous relient, avec une finesse et une profondeur peu soupçonnées, à nous-mêmes, à notre vie, à nos mémoires, à notre histoire, à ce dont nous souffrons ou avons souffert il y a parfois très longtemps. Ils sont des témoins implacables de nos modes de pensée et de vie, de l'usure que ceux-ci provoquent dans notre organisme».

Formé aux techniques énergétiques orientales, Odoul pourrait parfois donner l'impression de couper... les cheveux en quatre: frisé, bouclé ou raide, court ou long, coiffure libre ou serrée, tenue ou dégagée, tout est indice, révélateur de nous-mêmes. Lecture de coupes et cas commentés.

Front découvert, cheveux coiffés vers l'arrière? Pas de mystère, celui-là ou celle-là aime aller de l'avant, affronter la vie à pleines dents, telle une sirène, figure de proue fendant l'air à l'avant du bateau. Personnes dynamiques, fonceuses, ne redoutant rien au point d'en devenir parfois indélicates, elles aiment la vie et les contacts avec les tiers. Rares sont les dépressifs qui se coiffent de cette manière. «Le front découvert dégage le Chakra du Troisième oeil, précise encore Michel Odoul, cela signifie que ces personnes sont prêtes à recevoir les messages, les informations de tous types qui peuvent leur arriver, qu'il s'agisse d'intuition, de pressentiment ou de capacité à anticiper».

Et que cache un front couvert par une frange? Il cache le plus souvent des personnes qui... se cachent. Pas plus compliqué. À l'inverse du front dégagé, il révèle des personnes craintives à l'idée d'affronter la vie, de se dévoiler. Que la frange soit longue, épaisse, courte ou effilée, «ces personnes ont une vision du monde ou d'elles-mêmes en retrait, voire en protection ou fermée», analyse Michel Odoul, qui voit en elles des personnes qui n'ont pas confiance ou conscience de leur intuition.

Et la raie au milieu, que nous dit-elle? Qu'elle est le signe manifeste d'une recherche de symétrie, d'ordre entre la droite et la gauche, d'une volonté d'équilibre entre le Yin et le Yang, l' anima et l' animus, le féminin et le masculin en soi. «Cela dénote aussi une certaine rigueur intérieure liée à la recherche d'équilibre, poursuit l'auteur, le besoin de solidité et de justesse, voire de justice, est clairement exprimé».

Faut-il en déduire qu'un mouvement vers la droite ou vers la gauche est en porte-à-faux avec de telles valeurs? Sûrement pas. Que révèle donc une raie à gauche, les cheveux inclinés en mèche sur le front, envoyés vers la droite? «Nous sommes là en présence d'une tentative de couverture du Yin, c'est-à-dire du féminin, de ce qui est en rapport avec ce féminin, que ce soit en nous ou à l'extérieur de nous. Il s'agit là d'une certaine difficulté à accepter ce féminin qui peut aller jusqu'au désir de l'occulter ou d'une tension avec ce que la symbolique féminine peut représenter.» Le Yin représentant également la structure des choses, il peut s'agir d'une soumission aux structures en général.

A contrario, un mouvement vers la gauche, ou le... Yang (gagné) cache une tentative de couverture du... masculin (re-gagné!). Que ce sens du masculin soit réel (virilité) ou symbolique (père, mari, amant, fils, hiérarchie, autorité...).

Et les oreilles? Couvertes, semi-couvertes ou dégagées: que faut-il y voir? «L'oreille est porteuse de l'intimité de la personne. C'est pourquoi les femmes ont des oreilles plus souvent couvertes que les hommes, car leur pudeur est plus développée.» Couvertes, les oreilles reflètent le besoin de protéger, de couvrir son être voire de le protéger. À l'extrême, on pourrait même dire qu'il s'agit d'une volonté d'isolement ou d'un désir de n'entendre que ce que l'on veut bien. Inversement, les oreilles découvertes traduisent une ouverture au monde, une volonté d'écoute sans a priori, un désir de se montrer tel que l'on est. «Si l'oreille droite est couverte, la protection ou le filtre mis en place est en rapport avec le Yin, la symbolique maternelle, le féminin». On y revient. Et inversement pour le Yang.

Tempes couvertes? Signe d'une personne intériorisée, qui éprouve du mal à se livrer, à montrer ses sentiments. Joues couvertes? Timidité. Nuque dégagée? «La nuque représente le Moi profond. Ce sont les «arrières de la personne». Ne dit-on pas de quelqu'un qu'il a des idées derrière la tête? Il s'agit donc d'une partie cachée. Couper les cheveux sur la nuque revient à se révéler, se montrer tel quel, se dévoiler, mettre au jour ses appuis et ses références profondes».

Puis il y a toute l'analyse de la gestuelle: «les attitudes que l'on a avec ses cheveux sont représentatives de la manière dont on considère ses pensées et de la manière avec lesquelles on a envie de les gérer. Il y a, derrière la palpation, une tentative de se rassurer. Quelqu'un qui a les cheveux courts et les tire systématiquement vers le haut en s'adressant à son interlocuteur peut être quelqu'un qui a besoin d'élévation, de tirer ses idées vers le haut, de mettre de la dimension dans ses propos parce qu'il n'a pas suffisamment confiance».

Une personne qui remet systématiquement sa mèche en arrière pour dégager son front, façon Prince Philippe, est le signe de quelqu'un qui ne fait pas confiance à son intuition, mais qui, une fois mis dans une situation où il éprouve le besoin de s'exprimer, dégage son front pour capter la vie.

Le cheveu qui s'entortille autour du doigt est signe d'une personne dans une réflexion torturée. Les gestes au niveau de la nuque apparaissent souvent lorsque l'on réfléchit. Ils signent l'endroit où l'on va chercher les idées. Quant aux personnes qui se grattent en permanence le cuir chevelu, elles révèlent des personnalités aux idées qui les démangent, qui auraient envie de passer à autre chose mais qui, structurellement, mentalement, n'arrivent pas à y donner forme.

Pas un peu tirées... par les cheveux, toutes ces interprétations? «Tout est à prendre mais à nuancer. Cette grande grille doit être placée dans le vécu et l'histoire de chacun. Une tendance à se coiffer de telle ou de telle manière n'est pas nécessairement pathologique. Mais j'ai rarement vu une coupe de cheveux mentir. De là à définir qu'il y a une nécessité impérative à tout décoder, à tout vouloir analyser, schématiser... bien sûr que non».

Quand Michel Odoul écrit que «le cheveu est le reflet de l'être le plus intime» ou encore que «le cheveu dit tout», on imagine qu'il existe tout de même des limites. «Les limites sont celles que l'on veut poser. En ce qui me concerne, je pense que le cheveu peut tout nous dire à différents niveaux. Lorsque l'on sait l'analyser, il se révèle très bavard.»

De là à prétendre qu'on peut tout lui faire dire, et tout analyser à travers le cheveu... «Certainement pas. L'important pour nous est de faire savoir que la connaissance de soi peut se servir du cheveu. C'est un outil de représentation et de mise en valeur de soi, mais également une protection de la zone la plus sensible du corps humain, le cerveau. Le cheveu est aussi un outil de mémoire. On peut avoir sur la tête des cheveux qui ont jusqu'à sept ans de durée de vie et qui portent donc en eux toute une mémoire.»

Et qu'advient-il lorsque, un beau jour, on décide de passer du long au court? Un changement volontaire et radical de coupe correspond-t-il nécessairement à une volonté de changement plus fondamentale dans sa vie? «Cela ne fait aucun doute. Nombreuses sont les personnes qui, au moment d'un changement crucial dans leur vie, se rendent chez le coiffeur pour «changer de tête». Mais c'est à vivre comme un jeu. A l'instar d'un changement de look au niveau vestimentaire. Tout cela est significatif d'une envie de se comporter ou de se montrer différemment.»

COUPE DE MÉNAGE

Plus loin, plus fort encore, se couper les cheveux correspondrait à se structurer l'âme, à se couper de ses origines, de ses croyances, selon Michel Odoul. «En effet, couper les cheveux structure l'âme. Je ne dis pas que l'on balaie tout d'une coupe de cheveux, mais je suis persuadé que quelqu'un qui se coupe les cheveux à un moment donné de son existence est quelqu'un qui veut faire le ménage dans sa vie, qui souhaite reformater ses croyances. Car il existe dans la vie, des périodes où les croyances et les modes de pensée ne sont plus opérants, plus utiles au point de devenir parfois même gênants.»

Faut-il en conclure que les personnes qui changent continuellement de coupe ou de couleur de cheveux sont en perpétuelle recherche d'elles-mêmes? «Ce sont en effet des gens qui se cherchent, ce qui ne signifie pas pour autant que cela constitue une souffrance ou que ce soit pathologique. Disons que ces personnes cherchent à retrouver dans un miroir ce qu'elles pensent être ou ce qu'elles ont envie d'être.»

A contrario celle ou celui qui reste toute sa vie durant fidèle à sa coupe est-il ou elle nécessairement une personne qui redoute le changement ou qui a trouvé son équilibre une fois pour toutes? «Cela peut effectivement être les deux. Soit quelqu'un qui est totalement en phase avec lui-même, qui a trouvé ses points d'ancrage et qui ne voit dès lors pas la nécessité de changer. Mais cela peut également être le signe d'une personne qui est arque boutée sur des certitudes parce qu'elle a peur de la nouveauté ou de la différence.»

Fameuse matière à démêler.