«L'univers était gros de la vie et de la conscience»

G.Dt

Le beau livre de Joseph Silk peut être poursuivi et éclairé par celui - somptueusement illustré - de Trinh Xuan Thuan. Ce scientifique originaire du Vietnam, professeur à l'université de Virginie, a un don extraordinaire de vulgarisation. Ses livres - «La mélodie secrète», «L'infini dans la paume de la main», un dialogue avec Matthieu Ricard - sont des best sellers. Il s'est lancé ici dans une histoire globale du monde, de l'origine de l'univers, l'évolution de l'homme, jusqu'à l'émergence de la pensée et au futur qui nous attend et qui dépendra largement de notre sagesse (ou de notre folie). L'astrophysicien revient sur le big bang, la création des galaxies, des étoiles et des planètes, en expliquant à son tour la masse noire et l'énergie noire antigravitationnelle, répulsive qui serait responsable de l'accélération récente de l'expansion de l'univers. Il rappelle que moins de 5 pc seulement de la masse de l'univers serait composée de matières connues. Il raconte comment l'univers dans ses premiers instants aurait eu une phase inflationniste, grossissant à une vitesse plus grande que la lumière d'un facteur 1050 en 10-30 secondes! Des chiffres qui défient l'imagination et touchent à la poésie.

LA PANSPERMIE

L'auteur raconte comment la vie est née d'un seul ancêtre commun il y a près de 4 milliards d'années, un ancêtre qui a dû venir d'ailleurs. De Mars? D'une comète (la «panspermie»)? Ou même du centre de la Terre par les coulées de lave?

Il décrit l'émergence de l'homme et du cerveau qui contient cent milliards de neurones, chacun ayant dix mille connections: «Tous les ordinateurs du monde connectés ensemble n'auraient pas la puissance de traitement de l'information de notre cerveau». Pour ce bouddhiste, l'univers a un sens. Si le réglage initial de départ de l'univers, de manière infiniment précise, n'avait pas été celui qu'on a connu, jamais l'homme ne serait né: «Le réglage de la densité initiale doit être aussi précis que celui dont devrait faire preuve un archer pour planter une flèche dans une cible carrée d'un centimètre de côté qui serait placée aux confins de l'univers à une distance de 14 milliards d'années lumière». Il conclut de ce «principe anthropique» que «la cosmologie moderne a réenchanté le monde en nous apprenant que l'Univers était gros de la vie, de la conscience, dès son début contrairement à ce que pensait Jacques Monod». Trinh Xuan Thuan quitte ici le pur traitement scientifique qui était celui de Joseph Silk.

Le livre de Robert Boyd et Joan Silk, supervisé par Marcel Otte, professeur de l'université de Liège, est plus classiquement universitaire: un cours fouillé, didactique, sur la biologie évolutive, étudiant particulièrement l'évolution des primates, celle de l'homme, et les comportements humains dans une ligne très darwinienne pure, cherchant dans les lois de la sélection naturelle l'explication à nos comportements, y compris la maltraitance des enfants, la polygamie, le choix du conjoint, l'âge de la ménopause ou le fait de mourir. Le mâle cherchant à maximiser la reproduction de ses gênes serait ainsi polygame et soucieux de la fidélité de ses compagnes!

© La Libre Belgique 2004

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