De Danzig à Hiroshima

Paul Vaute

Sur la Seconde Guerre mondiale, l'honnête homme se décourage à bon droit, tant il y a pléthore dans les rayons des librairies ou des grandes bibliothèques. L'ampleur des moissons, même si des terrains demeurent en friche, confère tout son prix au travail des vrais vulgarisateurs, capables de s'enfoncer dans la jungle sans trop s'y perdre et d'en ramener une topographie lisible pour le plus grand nombre.

Si Luc De Vos, professeur ordinaire à l'Ecole royale militaire et extraordinaire à la Katholieke Universiteit Leuven, n'est certes pas le premier à relever le défi de la synthèse, il innove en plaçant son exposé au croisement de l'histoire générale et de l'histoire de la Belgique, l'une et l'autre étant également prises en compte.

DES «BOYS» PEU MOTIVÉS

Didactique et sobre, l'auteur des «Quatre jours de Waterloo», de «La Première Guerre mondiale», du «Monde maîtrisé» (sur l'après 1945)... évolue ici avec assurance, ayant butiné sur le sujet depuis une bonne vingtaine d'années. «En mai 1984», confie-t-il, «j'ai reçu un coup de téléphone catastrophé du Premier ministre Wilfried Martens. Il m'a dit: «On doit commémorer la Libération, il faut faire quelque chose». Or, je n'avais rien de préparé. Je m'y suis mis en me disant: «Plus jamais ça!» En 1994, j'étais prêt. J'aurais pu fournir pour tous les villages de Belgique la date de leur libération et le nom des unités». On le retrouva d'ailleurs, alors, parmi les artisans de l'exposition «J'avais vingt ans en 45», qui fit date.

Familier de nos dépôts d'archives, le spécialiste a aussi mis à profit ses nombreux contacts avec des collègues étrangers. Le lecteur apprendra ainsi que la conception d'une campagne de mai 1940 conduite de main de maître par les Allemands n'est nullement partagée outre-Rhin. Les historiens y mettent au contraire en évidence le caractère laborieux des opérations et le climat de panique où évoluèrent Hitler et son entourage, faute d'avoir pris la mesure de la faiblesse française.

Parmi d'autres apports liés à la recherche récente, relevons aussi ceux qui éclairent la mentalité des soldats américains qui voyaient l'Europe comme un continent décadent et cruel. Les malentendus transatlantiques ne datent pas d'aujourd'hui! Au départ, moins de la moitié des boys étaient motivés par la guerre contre le Reich. L'accueil chaleureux reçu en Belgique et aux Pays-Bas - beaucoup plus que dans la France divisée et meurtrie - modifia leur perception à cet égard, tout comme la découverte de l'univers concentrationnaire nazi (non sans dérives telles que l'exécution sans autre forme de procès de 122 gardiens de camp à Dachau).

QUARANTE DATES

Une autre somme, sans gros plans sur la Belgique cette fois, nous est fournie chez Larousse sous la direction de Claude Quétel, directeur scientifique du Mémorial de Caen. La matière a été structurée autour de quarante dates clés, du 2 août 1934 (pleins pouvoirs au chancelier Hitler) au 10 décembre 1948 (Déclaration universelle des droits de l'homme), le récit et l'analyse de l'événement du jour étant complétés par des données de contexte, des faits survenus en d'autres lieux, des informations sur la vie quotidienne, l'économie, les opinions et attitudes collectives... Six cents illustrations, souvent inédites, enrichissent ce volume de grand format.

La guerre aurait peut-être été évitée si La conspiration oubliée que retrace Terry Parssinen (Univ. de Tampa, Floride) avait réussi. Il s'agit du premier coup d'Etat avorté contre Hitler, en septembre 1938 (Robert Laffont).

Sur un tout autre champ de bataille, Guy Leonetti édite et présente des Lettres de Diên Biên Phu, témoignages écrits issus des forces françaises et coloniales du haut Tonkin, défaites par le Viêt-minh en mai 1954 (Fayard).

Sous le titre Ma vie volée paraît l'autobiographie de Renée Villancher, septuagénaire française, bloquée en Union soviétique où elle avait suivi son mari en 1946 (Belfond).

© La Libre Belgique 2004