Les 4 As pleurent François Craenhals

Les 4 As, Pom et Teddy, Chevalier Ardent, Rémy et Ghislaine, Primus et Musette... Nombreux sont les personnages qu'il dessina sans s'en lasser, qui pleurent aujourd'hui leur père spirituel, François Craenhals, décédé lundi, à Montpellier, des suites d'une opération

Francis Matthys

Les 4 As, Pom et Teddy, Chevalier Ardent, Rémy et Ghislaine, Primus et Musette... Nombreux sont les personnages qu'il dessina sans s'en lasser, qui pleurent aujourd'hui leur père spirituel, François Craenhals, décédé lundi, à Montpellier, des suites d'une opération. Avec l'auteur du «Léopard des neiges» et du «Bouddha des eaux», disparaît une figure discrète mais particulièrement attachante de la Bande dessinée belge, un artiste qui, durant un demi-siècle, se sera consacré à une oeuvre exclusivement destinée à la jeunesse, qui se caractérise par sa diversité puisqu'elle se teinte d'humour et d'aventure avec un même bonheur.

Des héros trop oubliés

Né le 15 novembre 1926 à Ixelles, formé à l'Académie de Bruxelles, François Craenhals débuta par les exploits de «Karan», une sorte de Tarzan accueilli dans les «Heroïc-Albums» en 1950. L'année suivante, il rejoint l'équipe de «Tintin» - alors en son âge d'or - et y publie en noir et blanc les aventures mélodramatiques de Rémy et Ghislaine - «Le cas étrange de monsieur de Bonneval» et «Le puits 32» - qui mériteraient une nouvelle réédition. Puis sonne l'heure du premier succès, en mars 1953, quand commence «Pom et Teddy», série (si injustement oubliée) qui conte les heurs et malheurs d'un orphelin qui adopte un petit âne en compagnie duquel il monte un numéro sur la piste du cirque Tockburger. Teddy grandira, et vivra d'autres histoires - à Hollywood et en Inde, notamment - aux côtés de l'écuyère Maggy et du bon géant Tarass-Boulba. Une dizaine d'épisodes alimenteront cette saga qui, elle aussi, mériterait la réédition de son intégrale: «Pom et Teddy», c'est de la magnifique BD pour 8 à 12 ans. Après avoir réalisé quelques récits pour le très catholique «Petits Belges» et les... milliers de strips quotidiens (pendant une dizaine d'années, dès 1955) de «Primus et Musette» dans «La Libre Belgique», François Craenhals entreprend, dès 1964, avec le scénariste et romancier Georges Chaulet, la publication des aventures des «4 As» qui mettent en scène Doct, Lastic, Bouffi et Dina: quarante albums chez Casterman, chers à d'innombrables jeunes lectrices et lecteurs.

Millions de lecteurs

A partir de 1966, l'infatigable et fécondissime François Craenhals entreprit, simultanément aux «4 As», une splendide saga médiévale, «Chevalier Ardent», du nom de ce valeureux éternel amoureux de la blonde princesse Gwendoline. Riche d'une vingtaine de volumes parus chez Casterman, une série dont, comme pour «Les 4 As», la réédition complète est en cours de réalisation. François Craenhals aura été un merveilleux serviteur du Neuvième art, et ses albums - qui ne se voulaient révolutionnaires ni graphiquement ni narrativement - auront ému ou diverti des millions de lecteurs. Ceux-ci, reconnaissants, replongeront volontiers dans ces séries fantaisistes ou réalistes, voire fantastiques ou émouvantes, conçues avec rigueur par un artiste à qui le bédélogue Kris De Saeger consacra un remarquable «Dossier» (chez Arboris en 1990, traduit en français chez Casterman en 1991); une nouvelle étude, due à Jean-Pierre Verheylewegen, sortira en septembre à l'enseigne de la Chambre belge des experts en bandes dessinées.

«4 As», paru en septembre 2003.

© La Libre Belgique 2004