Du site de Spy à l'Elysette

Paul Vaute

Déjà coauteurs d'une nouvelle histoire de la principauté de Liège succédant à celle de Jean Lejeune (LLB, Lire, 24/5/2002), Bruno Demoulin et Jean-Louis Kupper (ULg) ont remis cette fois sur le métier, avec une brochette de chercheurs de nos différentes universités, la synthèse wallonne que dirigea Léopold Génicot il y a un peu plus de trente ans.

D'un collectif à l'autre, les différences les plus sensibles touchent à la forme - notamment la présence d'encadrés développant des points précis ou des destins jugés éclairants -, ainsi qu'à la place accordée à la période très contemporaine et à différents apports historiographiques récents. Se posent toujours, en revanche, les questions liées à la définition et à la délimitation de l'entité retenue. Car sous le scalpel de l'historien, point de Wallonie comme telle avant le milieu du XIXe siècle...

DES SONS FAMILIERS

Les contributeurs ne cherchent d'ailleurs nullement à faire illusion. Dès l'approche des temps préhistoriques les plus reculés, Marcel Otte (ULg) souligne la succession sur le territoire wallon de plusieurs populations distinctes, «selon les mouvements migratoires et les pulsations climatiques». «Il n'y a rien qui fasse des Belges de Wallonie une population hors du commun, fondamentalement différente des autres Gaulois», écrit pour sa part Claude Sterckx (ULB). Alain Dierkens (ULB) insiste sur la formation progressive de la frontière linguistique en deçà du limes romain, contre les hypothèses qui la voulaient fixée une fois pour toutes et reflétant «l'implantation des Francs dans une zone désertée par ses habitants». Même quand les Pays-Bas forment sous Charles Quint une véritable entité de droit, note Jean-Marie Cauchies (Saint-Louis et UCL), cela «ne préjuge en rien de l'extinction des particularismes» (brabançon, hainuyer, namurois...)

On pourrait multiplier les contre-exemples... Et pourtant, chemin faisant, des fils rouges émergent, qui font parfois rendre à des situations d'un passé même lointain quelques sons familiers: ainsi pour le croisement des influences culturelles et les tendances (sous-) régionales à l'oeuvre bien avant César (Marcel Otte), pour la formation de nos provinces au coeur du Moyen Age (Jean-Louis Kupper) ou encore pour la manière dont la question de la reconversion économique est posée au Congrès wallon de... 1912 (Philippe Raxhon, ULg). Bien avant l'acte fondateur que constitueront les premières réponses francophones au mouvement flamand, plus d'une génération après 1830, la langue a tissé des liens culturels entre populations de la partie romane des anciens Pays-Bas, en l'absence toutefois des sujets du prince-évêque de Liège. Dire qu'il en résulta une identité beaucoup plus «ouverte» que celle qui se forgeait au Nord serait toutefois faire bon marché de bien des ambiguïtés. Les socialistes de 2004, pour ne citer qu'eux, n'aiment pas trop se souvenir que leur coreligionnaire Georges Truffaut, avant 1940, exprima son mépris pour Bruxelles en la qualifiant de «cité des métis» (Francis Balace, ULg).

Tant qu'elles ne se laissent pas instrumentaliser par des chapelles militantes, il y a autant d'histoires possibles que d'assises géographiques: histoires du Hainaut ou du Brabant, de Wallonie ou de Flandre, de Belgique ou du Benelux, d'Europe ou d'Occident... Si ces représentations sombrent dans les téléologies qui feraient de Boduognat le défenseur de la patrie belge sur la Sambre ou l'Escaut, à l'instar d'Albert Ier sur l'Yser, c'est tout simplement risible. Rien ne s'oppose en revanche, scientifiquement parlant, à ce que soit retracé le passé des populations ayant vécu dans un espace aujourd'hui défini comme province, région, Etat, ensemble supranational ou civilisation.

De celui qu'ils ont choisi d'éclairer à travers les âges, les directeurs de l'«Histoire de la Wallonie» se déclarent convaincus qu'une image plus positive se reconstruit progressivement. Les atouts qui y contribuent ont pour nom le dynamisme, le patrimoine ancien et récent, la vie culturelle, les paysages, la chaleur humaine. L'amélioration des indicateurs économiques demeure fragile, il est vrai, et les incertitudes institutionnelles n'arrangent rien. Mais cela, c'est une autre... histoire.

«Le premier Wallon du XIXè siècle à s'assurer une place durable dans l'histoire de la musique est le Dinantais Adolphe Sax», lit-on dans l' Histoire de la Wallonie. L'inventeur du saxophone vient de trouver un nouveau biographe dans Jean-Pierre Rorive, historien et également saxophoniste ( Adolphe Sax, Racine).

Le Bulletin de l'Institut historique belge de Rome publie les actes du colloque consacré en 2002 à la maison de Valle Giulia à l'occasion de son centenaire (LXXIII, Brepols).

Pierre Toubert (Collège de France) examine L'Europe dans sa première croissance, qu'il situe entre Charlemagne et l'an mil.

© La Libre Belgique 2004

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