Brésil et mer Rouge historiques

Gallimard poursuit sa collection de livres de photos historiques. L'éditeur vient de publier un intéressant ouvrage sur les photos (près de 700 plaques de verre) prises par l'explorateur et aventurier Henry de Monfreid dans la Corne de l'Afrique entre 1911 et 1915. Des photos bien entendu vieillies, un peu éraflées, mais souvent de grande qualité. Des instantanés pris sur le vif de la vie dans la région, de ses habitants et des femmes rencontrées par Henry de Monfreid.

Guy Duplat

Gallimard poursuit sa collection de livres de photos historiques. L'éditeur vient de publier un intéressant ouvrage sur les photos (près de 700 plaques de verre) prises par l'explorateur et aventurier Henry de Monfreid dans la Corne de l'Afrique entre 1911 et 1915. Des photos bien entendu vieillies, un peu éraflées, mais souvent de grande qualité. Des instantanés pris sur le vif de la vie dans la région, de ses habitants et des femmes rencontrées par Henry de Monfreid. Celui-ci parcourait une des zones les plus passionnantes du globe.

La mer Rouge, ses boutres et ses trafics, Djibouti la tête de pont de la légion française sur la pointe de la Corne de l'Afrique, la Somalie avec ses femmes sublimes, l'Ethiopie et Harar où résida longtemps Rimbaud, le Yémen tout proche avec Aden, le port qui contrôle l'entrée en mer Rouge. Henry de Monfreid agit ici en vrai journaliste avant de vouloir être ethnographe ou géographe. On sent dans ses photos, le sable chaud, les tribus hostiles, la beauté des femmes comme cette habitante de Djibouti qui refuse de se laisser photographier et tourne sa tête au photographe: une magnifique photo qui fait la couverture du livre.

C'est Guillaume de Monfreid, un des petits-fils d'Henry de Monfreid qui a préparé ce livre, préfacé par Jean-Christophe Ruffin (l'auteur du beau livre «L'Abyssin») et des lunettes spéciales sont même incluses pour voir en relief quelques photos de Monfreid.

Le premier «photographe»?

Dans la même collection, Gallimard publie un bel album sur les photos les plus anciennes qu'on connaisse du Brésil. Ce géant de l'Amérique du Sud a longtemps caché son visage.

Les colonisateurs portugais ne voulaient pas que d'autres puissances découvrent les richesses du pays! Mais au XIXe siècle, quand la cour du Portugal s'est installée au Brésil pour y bâtir un empire qui dura jusqu'en 1889, de nombreux photographes sillonnèrent le pays. Des Allemands, des Français, qui pratiquèrent autant la photo ethnographique qu'artistique.

Un Niçois, Hercule Florence, installé au Brésil, serait le premier à utiliser le mot «photographie» pour qualifier une de ses inventions datant de 1833 et qui permettait la reproduction de documents. 300 photos sont présentées dues aux talents d'artistes inconnus pour nous aujourd'hui comme Revert Henry Klumb, Albert Frish, Augusto Riedel, Victor Frond ou Auguste Stahl qui photographia systématiquement les groupes ethniques du Brésil en vue de théories racistes.

Le livre permet de découvrir ces populations mélangées, de retrouver le charme désuet de cet empire sous les tropiques, de comparer le paysage d'alors des baies de Rio ou de Bahia à ceux d'aujourd'hui ou de plonger dans les jungles du Pernambuco.

«En mer Rouge», Henry de Monfreid, aventurier et photographe, Gallimard, 192 pp., 160 photos, 39,9 euros.«Brésil, les premiers photographes d'un empire sous les Tropiques», Gallimard, 240 pages, 300 photos, 50 euros.

© La Libre Belgique 2005