Le grand amour du Roi des Belges

Christian Laporte

Une fois n'est pas coutume, c'est encore d'un livre royal qu'il sera question dans cette chronique. Mais, autant savoir, l'ouvrage sent pour le moins le soufre car il y est question du grand amour de Léopold Ier... hors des sacro-saints liens du mariage s'entend! En fait, le premier véritable grand amour de Léopold de Saxe-Cobourg-Gotha, issu d'un petit mais puissant duché germanique qui allait lui-même organiser les unions stratégiquement intéressantes de l'Europe d'alors était sans conteste Charlotte, princesse britannique, héritière du trône, morte en couches en 1817. Le beau et ténébreux aristocrate allemand ne s'en remit jamais, cherchant à l'occasion la consolation dans les bras d'une talentueuse actrice mais pas au point d'en faire sa légitime épouse devant Dieu et devant les hommes.

Et s'il finit par épouser Louise-Marie d'Orléans après être monté sur le trône de Belgique, c'était un évident mariage de raison plus que de passion. Certes, il avoua ne pas devoir rencontrer sa promise avant de lui passer la bague au doigt, estimant la connaître par-dessus tout, mais Cupidon, on le sait aujourd'hui, n'avait pas vraiment parachevé son oeuvre.

En ce temps-là et sans doute encore dans certaines Cours d'aujourd'hui, certaines unions échappent aux premiers concernés. Et lorsque vers 1844, quinquagénaire pris du démon de midi, voire d'une heure et demi, le roi Léopold Ier s'enticha de Marie Anne Eugénie Claret, rien ne put éteindre le brasier de la passion. Atteignant à peine et encore l'âge de la majorité, Arcadie ne pouvait décemment rejoindre la couche royale - un divorce eût fait scandale! - et c'est pourquoi Léopold Ier la maria à un de ses écuyers, Friedrich Anton Ferdinand Meyer. Comme on ne prête qu'aux riches, on le dit lui-même fruit des amours illégitimes de, excusez du peu!, Ernest Ier, le duc régnant de Saxe-Cobourg et Gotha!

UNE FAMILLE COMME LES AUTRES

Reste que Léopold Ier aima, adora, brûla et sublima sa passion pour Arcadie Claret en lui donnant deux enfants, Georges Frédéric Ferdinand Henri et Chrétien Frédéric Arthur Meyer. L'histoire est connue de longue date dans nos régions. Mieux, elle défraya déjà la chronique sous le règne de Léopold Ier mais personne n'eût jamais songé à en faire un argument contre la monarchie comme on a pu le voir plus récemment lors de la révélation a posteriori de certaines amours princières!

Reste qu'aucun historien n'avait vraiment été jusqu'au bout de la story. Hommage soit donc rendu à Victor Capron, un passionné pour qui l'Histoire est avant tout un hobby, qui a poussé sa curiosité jusqu'à rencontrer les descendants des fils illégitimes de notre premier souverain. Non point dans une quelconque optique de scandale mais afin de nous rappeler qu'une famille royale est d'abord et avant tout une famille comme les autres, traversée par des joies et des tristesses très simples mais aussi à la merci des aléas de l'existence. Certes, le travail de Victor Capron ne changera rien à la situation monarchique belge mais elle la rend encore un peu plus humaine.

© La Libre Belgique 2006