La vraie béguine ? Libre et folle d'amour...

Sil'on vous dit "béguine", il y a fort à parier que vous penserez à une femme pieuse et dévote, à mille lieues au-delà de toute dimension humaine - donc quelque part mystique... - qui vit recluse avec d'autres vieilles filles du genre qui n'ont pas les atouts qu'il faut pour se présenter à un concours de Miss.

Christian Laporte

Sil'on vous dit "béguine", il y a fort à parier que vous penserez à une femme pieuse et dévote, à mille lieues au-delà de toute dimension humaine - donc quelque part mystique... - qui vit recluse avec d'autres vieilles filles du genre qui n'ont pas les atouts qu'il faut pour se présenter à un concours de Miss.

Cela, c'est du registre du pire cliché ! Un registre d'autant plus appuyé que l'on pense immédiatement au Moyen Age qui, selon certaines idées reçues toujours bien présentes dans les esprits modernes pourtant réputés intellectuels, était une époque tristement réactionnaire, au sens le plus négatif du terme pour ne pas parler d'obscurantisme...

Faux, nous rétorque le P. Dieudonné Dufrasne, moine au prieuré Saint-André de Clerlande (Ottignies). Et il le prouve par un ouvrage dont le titre, "Libres et folles d'amour", évoque plus quelque environnement gaudriolesque qu'un lieu de cohabitation sereine tourné vers les louanges du Créateur et, souvent, vers le soulagement de la douleur d'autrui.

En fait, sans se prétendre le moins du monde spécialiste de la question, ce bénédictin à la plume alerte que l'on connaissait surtout par ses écrits sur la liturgie ou sur la vie monastique s'est penché pendant plusieurs années sur les écrits des béguines. Et il en a tiré un essai bien documenté mais de surcroît très agréable à lire sur ces femmes qui, sans se retirer totalement du monde comme les moniales, vouaient toute leur existence au Christ.

Une manière à la fois communautaire et individuelle de vie qui refait surface ces temps-ci. C'est ainsi qu'à un jet de pierre de Clerlande, un "petit béguinage" a vu le jour sur le site de Louvain-la-Neuve. Une sorte d'héritier de l'habitat groupé et des kots communautaires à projet nés de l'imagination des soixante-huitards mais dont le liant est d'ordre spirituel ou religieux.

UNE PÉRIODE COURTOISE...

Dieudonné Dufrasne va donc résolument à contre-courant des clichés en démontrant non seulement que les béguines n'étaient pas celles que l'on pensait mais qu'elles s'intégraient parfaitement dans l'environnement "courtois" du temps. Avec des hauts et des bas dans leur existence mais de manière quand même très positive.

Bigre, à travers le portrait et les écrits de trois icônes qui avaient noms Hadewijck d'Anvers, Mechtilde de Magdebourg et Marguerite Porete (dont on ignore pourtant pratiquement tout de son existence, sinon qu'elle était née dans le Hainaut...), le P. Dufrasne les fait découvrir à la fois fraîches et joyeuses. Un bonheur qui s'explique par l'aventure de l'amour... mais un amour à l'aune de celui de Dieu.

L'auteur, qui n'est pas seulement un bon théologien mais aussi un fin observateur des moeurs sociétales, n'hésite pas à jeter des ponts avec l'époque la plus moderne. Il est vrai que, malgré les apparences, la soif d'un certain absolu continue à habiter nombre de nos contemporains. C'est qu'aujourd'hui encore, d'aucun(e) s veulent combiner le sens de Dieu avec un dévouement social au sein de leur environnement de vie. Et que même dans ce monde que l'on dit si sécularisé, l'Esprit souffle toujours...