Les laïcs sont aussi l'Eglise

On peut s'étonner d'apprendre que, durant le concile, les laïcs étaient encore définis négativement comme

P. Fabien Deleclos

On peut s'étonner d'apprendre que, durant le concile, les laïcs étaient encore définis négativement comme "des chrétiens qui ne sont pas membres de l'ordre sacré et de l'état religieux sanctionné par l'Eglise". Une idée qui s'est peu à peu imposée de considérer les laïcs liés aux tâches temporelles et n'ayant aucune part active dans "l'ordre des choses sacrées". Il est vrai que, dès le troisième siècle, est apparu "un sens péjoratif du corps". Quant au monachisme, il est né d'une inspiration plutôt laïque que cléricale, et témoigne d'une absence d'engagement dans la vie du monde. Par la suite cependant, l'état de vie monastique ressemblera progressivement à celui du clerc. De plus, au Moyen Age, "un besoin de respecter un ordre hiérarchique" va naître et grandir. S'imposera alors progressivement en Occident la vision d'un ordre temporel en totale harmonie avec les fins spirituelles de la vie humaine.

A l'époque carolingienne, c'est le prince qui va personnifier la fonction des laïcs, en tant que délégué de l'Eglise aux tâches séculières. Il s'agit dès lors d'un pouvoir inférieur, et donc "subordonné au pouvoir ecclésiastique". On imagine aisément les conflits.

EXALTATION DU SACERDOCE

Le concile de Trente accentuera la supériorité des clercs sur les laïcs. S'en suivra une réflexion théologique qui va nourrir une véritable exaltation du sacerdoce. D'où, la multiplication des signes de séparation, notamment vestimentaires. C'est au XIXe siècle qu'apparaîtra une sorte de militance apostolique des laïcs. Une nouveauté encouragée par Pie X pour qui le prêtre sera, selon le cas, docteur, conseiller, guide. On en arrivera , sous Pie XII, à une théologie du laïcat. Déjà en 1946, le Pape avait rappelé aux cardinaux que "Les laïcs sont aussi l'Eglise". En 1954, Yves Congar publiait "Les jalons pour une théologie du laïcat". Les années 50 seront riches en initiatives, avec les mouvements caritatifs, éducatifs ou de spiritualité, dont celle du mariage, mais également le syndicalisme chrétien. Il n'empêche que dans la période anté-préparatoire de Vatican II, les laïcs n'ont pas été consultés. Il y aura certes des commissions et des consultations d'experts. Mais point de femmes pour autant... Elles représentent cependant "la moitié de l'humanité", fera remarquer le cardinal Suenens. Il faudra attendre la 4e session pour "qu'une femme mariée -en couple- soit invitée..." Mais, souligne Catherine Masson, la participation féminine "n'ira pas jusqu'à la prise de parole dans l'aula conciliaire". C'était il y a une quarantaine d'années...

La suite de l'ouvrage nous permet de rejoindre le présent. L'auteur situe ensuite les évolutions de l'Eglise en se limitant à la situation française qui, dans les grandes lignes, n'est guère différente de la nôtre. Comme en témoigne quelques ouvrages récents (1). Reste que, globalement, "on a encore du mal à clarifier les idées" d'un "sacerdoce commun des fidèles" et d'un "sacerdoce ministériel".

Entre-temps, la question d'une déontologie des ministères a été posée et prise en considération (2). D'autant plus que nombre de chrétien(ne)s laïcs assument et assumeront de plus en plus des vocations pastorales "au service de la communauté ecclésiale et de sa mission évangélique".

"L'Evangile dans la ville", H. Kieboom, Fidélité, 146 pp., env.14,95 € ; 1."Un nouveau visage d'Eglise, I. l'expérience des communautés locales à Poitiers, 251 pp., env.15,90 € ; "Vers un nouveau visage d'Eglise, II : Un goût d'espérance", 160 pp., env. 15 €, A. Rouet, Bayard 2005 et 2008.

2."La déontologie des ministères ecclésiaux", sous la dir. de Louis-Léon Christians, Cerf, 211 pp., env. 29 €