Coup de chapeau à "Spirou"

Le 21 avril 1938, sortit de presse le premier numéro du "Journal de Spirou", lancé par les éditions Dupuis, à Marcinelle. Une date - culturellement - désormais historique. Sept décennies plus tard, "Spirou" est toujours là et bien là, devenu entre-temps le plus ancien hebdomadaire européen consacré à la bande dessinée.

Francis Matthys

Le 21 avril 1938, sortit de presse le premier numéro du "Journal de Spirou", lancé par les éditions Dupuis, à Marcinelle. Une date - culturellement - désormais historique. Sept décennies plus tard, "Spirou" est toujours là et bien là, devenu entre-temps le plus ancien hebdomadaire européen consacré à la bande dessinée. ÉMOTION

Deux expositions, à Bruxelles, célèbrent les 70 ans de ce journal qui, à l'égal de "Tintin" hier, procura d'innombrables heures de bonheur à d'innombrables lecteurs - à jamais reconnaissants.

Au Centre belge de la bande dessinée (20, rue des Sables; jusqu'au 8 juin, tous les jours de 10 à 18 h., sauf les lundis), l'expo conçue par Jean Auquier et Patrick Pinchart, scénographiée par Didier Geirnaert (cf. LLB du 13 février), illustre la connivence qui n'a cessé d'exister entre la rédaction de "Spirou" et ses lecteurs. Simultanément, la Maison de la Bande dessinée (1, boulevard de l'Impératrice, à la Gare centrale même), dirigée par François Deneyer - l'audacieux et courageux fondateur du regretté Musée Jijé -, présente à ses cimaises "Coup de chapeau au journal Spirou" qui réunit une cent cinquantaine de dessins originaux, ainsi que des albums, des objets d'époque, des photos, et un audio-visuel de 52 minutes. Les dessins proviennent pratiquement tous de collections privées, la plupart d'entre eux n'ayant jamais été montrés au public. C'est peu d'écrire qu'on est ému en regardant ces originaux si précieux, nés du crayon ou du pinceau d'auteurs qui, à des titres divers, contribuèrent au phénoménal succès de "Spirou".

Parmi les plus attachantes de ces pièces qui n'ont pas de prix, mentionnons les dessins (ou les gouaches) de Maurice Tillieux pour des Gil Jourdan de légende comme "La voiture immergée", "Les Moines rouges" ou "Les cargos du crépuscule"; l'Isabelle de Will ou la Sibylline de Raymond Macherot; les Boule et Bill de Roba; la couverture en couleurs de "Surcouf, corsaire de France" de Victor Hubinon, de 1952. NATACHA...S'ajoutent, à ceux-là, un projet de couverture pour le mythique "Château maudit" d'Eddy Paape et Jean-Michel Charlier, de 1953: une histoire que nous relûmes cent fois depuis, qui devait d'abord s'appeler "Jean Valhardi détective contre le Monstre". Applaudissons aussi, bien entendu, de splendides originaux de Sirius (pour l'Epervier bleu ou pour Timour), du génial Jijé (quand donc publiera-t-on une grande biographie de ce prodigieux artiste?), d'André Franquin (pour lequel nous posons la même question), de Peyo, d'André Benn, Mitacq (et sa chère Patrouille des Castors), Frank Le Gall, René Hausman, Bernard Hislaire (celui de Bidouille et Violette), de l'Arthur Piroton des Jess Long, du Marc Wasterlain de Jeannette Pointu, de Morris, Yves Chaland, Francis Bergèse, etc., etc. Notre coup de coeur ? Puisque nous ne faisons nul mystère du (fort) faible que nous éprouvons pour l'héroïne de François Walthéry, nous choisirions le dessin (un projet de couverture pour "Spirou" en 1987) qui montre Natacha - en tenue de cavalière et non d'hôtesse de l'air - dans la cabine de pilotage d'un avion de la Bardaf. A chacun(e) d'élire son dessin préféré! Une exposition à voir, sans faute, jusqu'au 7 septembre (du mardi au dimanche, de 10 à 18h30 ; tél. 02-502.94.68). Qu'on se le dise!