"Djinn", ensorcelante saga

Fin du cycle "Africa" des envoûtantes créatures imaginées par Jean Dufaux et mises en page par Ana Mirallès. "Le Roi Gorille" confirme l'exceptionnelle qualité graphique et narrative d'une série déjà culte. Réagissez sur notre forum Notre dossier Livres

Francis Matthys
"Djinn", ensorcelante saga
©D.R.

De "Djinn", ensorcelante saga qui tient ses lecteurs en haleine depuis 2001, deux mots sur ses auteurs. Née à Madrid le 16 décembre 1959, Ana Mirallès fut révélée au public par la trilogie d'"Eva Medusa" scénarisée par Antonio Segura ("Toi, le venin", "Toi, le désir", "Toi, l'amour"), qu'édita Glénat entre 1991 et 1994, puis par celle (également chez Glénat) écrite par Emilio Ruiz d'après l'œuvre de Ruan Esclava Galan, "A la recherche de la Licorne". Pour l'ensemble de sa production, cette magnifique artiste espagnole vient d'obtenir le Grand prix du Festival de Barcelone, l'équivalent de celui d'Angoulême. Quant au scénariste, Jean Dufaux (Ninove, 7 juin 1949), nous le tenons depuis longtemps non seulement pour l'un des plus féconds créateurs d'histoires - plus de 150 titres à ce jour - mais pour un authentique écrivain dont "Djinn" reflète le plus ardent, voire sulfureux, de son talent. Rappelons que l'auteur de séries aussi fantasmatiques et captivantes que "Rapaces" (avec Marini), "Complainte des landes perdues" (avec Rosinski, puis Delaby) et "Jessica Blandy" (avec Renaud), pour n'en citer que trois parmi bien d'autres, a reçu, tout récemment, des mains de l'Ambassadeur de France à Bruxelles, les insignes de chevalier de l'ordre des Arts et des lettres. Presque simultanément, Ana Mirallès et Jean Dufaux viennent donc de se voir honorés. Nous est fournie l'occasion de les féliciter, à l'heure où s'achève "Africa", le deuxième cycle de "Djinn", cœur noir d'un capiteux cocktail d'aventures, d'érotisme et de magie. "Djinn" invite ses lectrices et lecteurs à un fiévreux voyage dans l'espace et le temps. Le temps, parce qu'on y passe de l'hier à l'aujourd'hui (Kim est la petite-fille de Lady Nelson qui fut introduite en 1912, à Istanbul, dans le harem du sultan Murati dont Jade était la favorite); l'espace, parce que si la saga débute dans la Turquie de la veille de la Première Guerre, elle s'est prolongée dans une Afrique mythique, glorifiée, l'Africa des sorciers. Grâce au pinceau d'Ana Mirallès, "Djinn" rayonne de sensualité : l'artiste idéale pour traduire l'univers troublant imaginé par un Jean Dufaux qui sait, comme personne, qu'"il faut qu'au mot exact corresponde l'image exacte. Ce n'est qu'à ce prix qu'un album n'est pas bancal". Pour lui, "au mieux se porte le dialogue, au mieux se porte le dessin". Avec "Le Roi Gorille", neuvième volet de "Djinn", Mirallès et Dufaux livrent le dénouement d'un cycle envoûtant. Avant d'entraîner Jade et Kim en Inde. On s'y rêve déjà.

Le Roi Gorille (Djinn, 9) Ana Mirallès et Jean Dufaux Dargaud 48 pp. en couleurs, env. 11,50 €

© La Libre Belgique 2009