Toute la beauté de l’univers

Un épais et beau "Dictionnaire amoureux du ciel et des étoiles" par Trinh Xuan Thuan. Du rayon vert et du ciel bleu aux trous noirs.

Toute la beauté de l’univers
©EPA
Guy Duplat

Depuis vingt ans, l’astrophysicien Trinh Xuan Thuan cumule la recherche scientifique et l’enseignement avec un grand talent de vulgarisateur. Il s’était fait connaître par le best-seller, "La mélodie secrète" qui expliquait les découvertes de la cosmologie récente en y trouvant une unité belle et harmonieuse. Il enseigne toujours ces matières à l’université de Virginie aux Etats-Unis et il vient de sortir un très beau "Dictionnaire amoureux du ciel et des étoiles", une brique de près de 1100 pages, légères cependant comme la beauté des étoiles, des quasars et des galaxies. Nous l’avons interrogé :

"Ce livre est destiné à vagabonder et, à picorer parmi les quelque deux cents entrées du dictionnaire. Je voulais être complet et parler de tous les thèmes les plus actuels qui importent aux scientifiques mais je voulais aussi parler dans ce dictionnaire de la beauté du ciel, de la spiritualité liée à l’observation de l’univers. Je suis encore chaque fois ému par sa beauté quand je l’observe. Ce dictionnaire vise deux publics à la fois : les gens qui savent déjà, je suis très rigoureux sur les dernières découvertes sur l’univers mais en même temps, je prends un ton léger parfois ludique, pour attirer vers ces merveilles, des gens sans culture scientifique."

Ce dictionnaire comprend des entrées a priori surprenantes comme "Ciel bleu" (pourquoi le ciel est-il bleu et pas noir ?), ou "Ciel nocturne, renvoyant au ciel étoilé de Van Gogh. On y parle aussi de "Science et beauté" et de "Science et bouddhisme" car l’auteur est bouddhiste et écrivit il y a quelques années un livre passionnant avec le moine bouddhiste Matthieu Ricard, "L’infini dans la paume de la main". Il y a aussi un chapitre sur le "rayon vert", ce rayon mythique que les amoureux traquent le soir au coucher du soleil, au bord des mers. "Ce sujet touche le grand public. Jules Vernes et Eric Rhomer en ont parlé. Sur le plan scientifique, c’est passionnant et je l’explique longuement. Ce rayon existe bien au moment où le soleil disparaît mais il est difficile à voir. Il faut des conditions particulières pour que la diffraction de la lumière rende vert ce rayon rasant."

Un autre sujet "grand public", ce sont les trous noirs : "le public fantasme volontiers sur ce concept. On se souvient que lors du démarrage - avorté - du LHC à Genève, on a annoncé que pourraient s’y créer des micro-trous noirs qui menaceraient d’avaler le Cern, Genève et puis la terre. C’est faux mais les trous noirs existent bien sûr, souvent massifs, parfois d’un milliard de masses solaires ! Ils ne donnent, par définition, aucune lumière mais leur gloutonnerie entraîne un disque d’accrétion qui émet beaucoup de rayons X."

On a l’impression que le mystère de l’univers s’épaissit avec la matière noire, l’inflation, l’énergie noire ? "En science, quand on résout une question, mille autres surgissent. A mesure qu’on croit approcher de la vérité, celle-ci s’éloigne. Mais pour moi, comme je l’écrivais, il y a une mélodie secrète, une harmonie que la science tente de mettre au jour". La théorie des cordes qui cherche à réconcilier la mécanique quantique et la relativité générale est d’une complexité inouïe, loin de la mélodie ? "Elle est purement mathématique et n’a pas été testée. On espère obtenir des confirmations au LHC mais une théorie qui devient de plus en plus complexe indique souvent qu’on est sur une mauvaise voie comme l’a montré le modèle géocentrique avant que Copernic n’introduise le modèle héliocentrique." Le vrai démarrage maintenant très proche du LHC, est primordial ? "Bien sûr. Il prendra la relève de nos télescopes qui ne peuvent remonter que jusqu’à 380000 ans après le big bang, lors du rayonnement fossile. Avant cela, l’univers nous est opaque. Mais nous pouvons le reconstruire dans les accélérateurs de particules. Le LHC remontera jusqu’à un millionième de seconde après le big bang, quand l’univers avait déjà 10 km de diamètre. Pour remonter au temps de Planck à 10 exposant -43 seconde, il faudrait un accélérateur grand jusqu’à la plus proche étoile ! Mais on ne sait même pas si l’univers a un début car le temps a été créé avec l’univers."


"Dictionnaire amoureux du ciel et des étoiles", par Trinh Xuan Thuan, chez Plon/Fayard, 1076 pp., env. : 26 euros