Bien beau coup de théâtre

“Remake”, septième et dernier volume de “Halloween Blues”. Un thriller fantastique teinté d’humour, scénarisé par Mythic et réalistement mis en page par Kas, qu’incendie la blonde Dana Anderson. Forum: Vos coups de coeur littéraires Notre dossier spécial

Francis Matthys
Bien beau coup de théâtre
©D.R.

De chacun des tomes de "Halloween Blues", la page de garde contient cette note, extraite du "Dictionnaire du fantastique quotidien" de Don E. Marriot, paru chez Black Soul à Londres en 1828 : "Lorsqu’un homme ou une femme a péri de mort violente, il peut occuper le corps d’un autre homme ou femme (selon son sexe) toute la journée d’Halloween et venir hanter physiquement le coupable de ses maux. Toutefois, l’être d’Halloween n’a aucune possibilité de choisir son corps d’emprunt et peut se voir attribuer celui d’une personne très jeune ou très vieille, très belle ou très laide, habitant à deux pas de chez lui ou à l’autre bout du Continent".

Pour ne pas faire injure à nos lecteurs, qui ne peuvent l’ignorer, ne rappelons pas que Halloween est cette fête d’origine anglo-saxonne, célébrée la veille de la Toussaint, au soir de laquelle les enfants se déguisent en fantômes et en sorcières et vont de porte en porte demander des friandises aux habitants.

Le "Halloween Blues", qui se déroule dans l’Amérique des années 50, n’a pourtant rien d’un polar pour bambins : ses scènes d’humour exceptées (c’en sont, à nos yeux, les meilleures), tout n’y est qu’intrigues, turpitudes, règlements de comptes, neige en feu ou soleil en sang. De ce thriller fantastique, construit par l’expert en la matière qu’est Mythic (Jean-Claude Smit Le Bénédicte, né le 10 juillet 1947 à Uccle, scénariste, entre autres, d’érotiques humoristiques illustrés par François Walthéry et Bruno Di Sano et, pour Walthéry encore et Dragan de Lazare, de l’excellente série policière "Rubine"), paraît - enfin ! - le dernier volet, que nous tenons pour le meilleur des sept. Enfin !, parce qu’il livre la clé de l’énigme posée depuis la sortie de "Prémonitions" en 2003 : qui a tué la maxi bustée actrice américaine Dana Anderson, égérie des Fifties, moulée dans un fourreau d’enfer à la Diana Dors sous le crayon de Kas (Zbigniew Kasprzak, Cracovie, 1955) ? Dana dont l’époux, inspecteur de police, s’est vue accusé du meurtre : un veuf que la suggestive disparue pourchasse, sous le look d’un fantôme qu’incendie la jalousie. Fantôme des plus pulpeux, ô combien ; sous cet angle, renvoyons le lecteur (pressé) aux t.2, p. 10, case 9 (ou p. 25, case 6), t.5, p. 6, case 4, et t.6, p.9, case 3 : plus sexy que ça, tu meurs. Il aura donc fallu six longs ans de patience pour qu’éclate un bien beau coup de théâtre aux accents de fin ouverte. Qui nous amène à la question : adieu, Dana, ou seulement au revoir ?

Remake (Halloween Blues, t.7) Kas et Mythic Le Lombard 46 pp. en couleurs, env. 13,50 €

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