Dina Vierny, belle et jeune à jamais

Les flâneurs qui par milliers traversent chaque jour les Tuileries, à Paris, ne peuvent qu’avoir le regard aimanté par les sculptures de Maillol qui s’y bronzent au soleil ou s’y abandonnent à la pluie : d’entre celles-ci, la plus voluptueuse est la Rivière - dont un autre exemplaire s’étire dans le silencieux jardin attenant aux Musées des Beaux-arts, rue de la Régence, à Bruxelles.

Francis Matthys

Les flâneurs qui par milliers traversent chaque jour les Tuileries, à Paris, ne peuvent qu’avoir le regard aimanté par les sculptures de Maillol qui s’y bronzent au soleil ou s’y abandonnent à la pluie : d’entre celles-ci, la plus voluptueuse est la Rivière - dont un autre exemplaire s’étire dans le silencieux jardin attenant aux Musées des Beaux-arts, rue de la Régence, à Bruxelles. Savent-ils, ces passants que cette sirène enchante, que le modèle qui posa entre 1935 et 1944 pour l’artiste ne s’est éteinte, à Paris, que le 20 janvier dernier ? De Dina Vierny, la vie est un conte à rêver debout et l’on demande aux dieux qu’il devienne avant longtemps un film. Mais où trouvera-t-on jeune femme aussi radieusement belle pour incarner Dina V. à l’écran ? Dans les années 60-70, c’est à Catherine Rouvel, sortie nue d’un Renoir, qu’on eût songé sur-le-champ.

Née en 1919, près d’Odessa, dans une famille d’origine juive, Dina quittera l’Union soviétique dès l’enfance, pour s’en venir à Paris. Elle n’a que seize ans quand Maillol, qui en compte 73, en fait sa muse et son modèle, en tout bien tout honneur : à cet "inventeur" bien plus que néo-classique, issu du courant symboliste, cette splendide créature à l’âme en fleur inspirera des œuvres immortelles : autant d’hymnes au bonheur, à l’éternité de la beauté. Dans un recueil d’entretiens réalisés par Alain Jaubert, l’érudit téléréalisateur de la série "Palettes" et romancier d’"Une nuit à Pompéi", Dina Vierny réexplore son parcours : amitié avec les surréalistes, chanteuse du groupe "Octobre" au temps du Front populaire, participation à la Résistance : arrêtée par la Gestapo, c’est le sculpteur d’Hitler, Arno Breker, qui la sauvera, elle dont le père allait périr à Auschwitz. Puis l’ardente humaniste Dina deviendra galeriste, grande collectionneuse, fondatrice du Musée Maillol. Une vie qui vaut de l’art autant qu’elle vaut de l’or.

Histoire de ma vie Dina Vierny et Alain Jaubert Gallimard 242 pp. illustrées en noir et blanc, env. 22,50 €

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