Il était un pape en Avignon

Depuis une trentaine d’années, de nouvelles études ont renouvelé le regard porté sur la papauté d’Avignon et plus précisément sur la période qui vit, entre l’élection d’Urbain VI (1378) et celle de Martin V (1417), l’Eglise se déchirer entre deux, voire trois papes ou antipapes.

Paul Vaute
Il était un pape en Avignon
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Depuis une trentaine d’années, de nouvelles études ont renouvelé le regard porté sur la papauté d’Avignon et plus précisément sur la période qui vit, entre l’élection d’Urbain VI (1378) et celle de Martin V (1417), l’Eglise se déchirer entre deux, voire trois papes ou antipapes. De ce mouvement historiographique toujours en cours se dégage, selon Paul Payan, la certitude que la division survenue "est loin d’être anecdotique, et qu’elle est à la fois l’expression et la cause de mutations profondes en Occident".

Celui qui retente ici la synthèse, toujours provisoire, est maître de conférence en histoire médiévale et enseigne à l’Université d’Avignon. Son exposé s’organise selon deux axes, celui du fil des événements et des rebondissements d’une part, celui des mouvements de fond affectant les idées et les attitudes d’autre part, même s’il faut bien reconnaître qu’on peine encore à trouver toutes les articulations entre ces deux processus.

La certitude, quelles qu’aient été les responsabilités des uns ou des autres dans la bipolarisation, c’est que celle-ci va laisser des traces profondes et durables, préfigurant une certaine Europe moderne. D’abord parce qu’il faut choisir son camp : les prêtres optent pour celui de leur évêque et les évêques pour celui de leur souverain. Le cujus regio, ejus religio (tel prince, telle religion) consacré au temps de la Réforme protestante par la paix d’Augsbourg (1555) est en germe. Bien sûr, il y a des exceptions, notamment en Flandre où l’épiscopat penche pour Avignon et le comte pour Rome.

La crise est aussi prémonitoire par les débats qu’elle suscite entre clercs, théologiens, juristes Et la désorientation gagne aussi les rangs des fidèles. Une brèche s’est ouverte par laquelle va pénétrer une contestation radicale de l’institution ecclésiale. Elle sera portée notamment par un Guillaume d’Ockham et un John Wyclif, lesquels ne manquent pas de disciples de nos jours, mais ceci est une autre histoire.

Entre Rome et Avignon. Une histoire du Grand Schisme Paul Payan Flammarion 320 pp., env. 23 €

De feu Steven Runciman (Université de Cambridge) est paru un décryptage de la révolte sanglante, appelée Les Vêpres siciliennes , qui conduisit au printemps 1282 la maison d’Aragon à remplacer celle d’Anjou sur le trône de Sicile (Les Belles Lettres).

Nathan Wachtel (Collège de France) entend, dans La logique des bûchers, montrer comment les tribunaux des inquisitions ibériques, du XVIe au XVIIIe siècle, ont contribué à l’émergence de la modernité en Occident (Seuil).

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