Questions de perception

Tout est permis puisque tout est question de perception, une vérité bien exploitée dans les livres jeunesse cet automne. Un canard qui a des allures de lapin, une tortue qui se déguise en pingouin et des humains qui ressemblent à s’y méprendre à certains animaux.

Laurence Bertels
Questions de perception
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Tout est permis puisque tout est question de perception, une vérité bien exploitée dans les livres jeunesse cet automne. Un canard qui a des allures de lapin, une tortue qui se déguise en pingouin et des humains qui ressemblent à s’y méprendre à certains animaux.

Petit parcours animalier en compagnie, pour commencer, d’Amy Krouse Rosenthal et de Tom Lichtenheld. Tous deux se sont accordés pour nous troubler avec ce lapin qui, de profil, ressemble étrangement à un canard. Ses oreilles ne sont-elles pas un bec de canard ? À moins que ce soit le bec qui représente des oreilles de lapin caché dans l’herbe ou sur le point de manger une carotte ? Allez savoir . Belle démonstration, quoi qu’il en soit, d’illogique logique dans un album efficace et épuré, aussi ludique que philosophique.

Sobre et parlant, lui aussi, le graphisme de Mo Willems, auteur à succès du "New York Times" et ancien scénariste du Muppet Show, met à nouveau en scène le pigeon géométrique qui semble entrer dans un magasin pour y trouver ce qu’il veut depuis toujours : un chien. Pas courant, pourtant, de croiser un pigeon désireux de posséder un canidé. Il multiplie les arguments, entre dans une colère noire et finit par obtenir gain de cause. Au risque de changer d’avis ? La réponse dans un album au ton BD pour un volatile attachant avec ses yeux éperdus, son cou trop grand et ses éternelles coquetteries.

Et si tout cela était la faute aux parents ? À force de raconter des histoires aux enfants, on risque de leur glisser de drôles d’idées dans la tête. Papa Tortue l’apprend à ses dépens - sous la plume et le pinceau du classique Valeri Gorbachev - et se froisse la carapace d’avoir raconté une histoire de pingouin à Petite Tortue. Car dès qu’elle s’endormit, l’enfant rêva qu’elle était palmipède. À elle, les joies de la glace et de la glisse. Habillée en pingouin du pôle Sud, Petite Tortue est très fière de son accoutrement lorsqu’elle monte dans le bus. Jusqu’à ce que son papa lui raconte une histoire de singe

De singe, il est bien sûr question dans l’étonnante visite au zoo que propose Thierry Dedieu toujours aussi talentueux (Prix Sorcières en 1994 pour "Yakouba", Prix jury Goncourt 1995 pour "Feng" et Grand prix de la société des gens de lettres 2005 pour "Jeanne"). Au grand jeu des perceptions, il suffit de regarder le monde à l’envers et, surtout, de gauche à droite pour que les flamants soient incarnés par une belle en robe rose, le hibou par une myope, le panda par des touristes japonais et les tortues par des campeurs capables d’emmener leur maison sur le dos. Quant aux singes, leur image pourrait se refléter dans la dernière double page d’un album miroir, intelligent, qui, en peu de mots, dit tellement.

Canard Lapin Amy Krouse Rosenthal & Tom Lichtenheld Kaléidoscope 36 pp., env. 15 €. Dès 2 ans

Le pigeon veut un petit chien Mo Willems Kaléidoscope 36 pp., env. 12,50 €. Dès 3 ans

Tortue Pingouin Valeri Gorbachev traduit de l’anglais par Isabelle Reinharez L’école des loisirs 36 pp., env. 13 €. Dès 3 ans

Zoo Dedieu & Compagnie Gallimard jeunesse, coll. "Giboulées" 36 pp., env. 15 €. Dès 3 ans

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