Cees Nooteboom, prix des Lettres néerlandaises

Le roi Albert II a remis, mercredi à Bruxelles, le prestigieux Prijs der Nederlandse Letteren d’une valeur de 40 000 euros à l’écrivain néerlandais Cees Nooteboom. Il s’agit de la plus haute récompense littéraire attribuée tous les 3 ans par le Comité des ministres de la Nederlandse Taalunie alternativement à un auteur flamand et néerlandais.

Jacques Hermans

Le roi Albert II a remis, mercredi à Bruxelles, le prestigieux Prijs der Nederlandse Letteren d’une valeur de 40 000 euros à l’écrivain néerlandais Cees Nooteboom. Il s’agit de la plus haute récompense littéraire attribuée tous les 3 ans par le Comité des ministres de la Nederlandse Taalunie alternativement à un auteur flamand et néerlandais. Le jury est présidé par notre compatriote Anne-Marie Musschoot, professeur de littérature néerlandaise à l’Université de Gand. Qualifiée de philosophique et profonde, l’œuvre littéraire de Nooteboom a été traduite notamment en Allemagne et en France. Cees Nooteboom est le 19e lauréat du prix des Lettres néerlandaises depuis la création de celui-ci en 1956. Parmi les auteurs récompensés, il y a les Flamands Herman Teirlinck, Stijn Streuvels, Maurice Gilliams, Hugo Claus, mais aussi les Néerlandais Lucebert, Simon Vestdijk, Harry Mulisch et Gerard Reve.

Romancier, nouvelliste, poète, essayiste, l’écrivain néerlandais Cees Nooteboom (1933) est avant tout un spécialiste du récit de voyage. On pourrait dire qu’il est "observateur de profession". Il chemine d’un continent à l’autre, à la recherche de "son paradis perdu". Récoltant sourires d’enfant et cris de guerre au fil de ses pérégrinations. Il a la bougeotte, on dira plutôt la passion du voyage. De ses voyages sur la planète Monde, le lecteur retiendra la douce chaleur qui se dégage de ces pages chimériques, porteuses de bonheur. Bonheur souvent éphémère, bonheur à partager avec ses lecteurs. Nooteboom fait partie de ses écrivains qui ne savent pas, au départ, ce que va être leur livre. S’il en sait trop sur l’histoire avant de commencer, il s’ennuie. L’écriture est pour lui une sorte d’apprentissage, de découverte de soi. Son point de départ est un lieu, une image, une œuvre d’art, des horizons morcelés, des lumières fractionnées, des sensations venues d’un ailleurs, presque toujours insaisissables et mystérieuses. Il aime la peinture et la sculpture aussi. Son éditeur hollandais (De Bezige Bij) vient de publier, à l’occasion de la remise du prix des Lettres néerlandaises 2009 et en hommage à cet auteur polymorphe, un livre d’art intitulé "Het raadsel van het licht" ("Le mystère de la lumière") qui rassemble les textes que l’auteur néerlandais a consacrés aux arts figuratifs.

Traduite dans une trentaine de langues, l’œuvre de Cees Nooteboom a trouvé son chemin auprès d’un large public, notamment francophone grâce aux éditions Actes Sud et à ses traducteurs chevronnés et passionnés. Nooteboom, c’est particulier. Son style grandiose fait penser à une nature-morte hollandaise. Sortis de son imaginaire, les pays qu’il évoque suscitent immédiatement l’envie de partir en voyage. Son récit "En route vers Compostelle" demeure l’un des plus beaux récits de voyage de la littérature contemporaine, le fruit de ses escapades à travers le vieux continent. Curieux de tout, érudit, cosmopolite, Cees Nooteboom aurait pu vivre mille vies. Pèlerin de l’infini, peu présent dans son propre pays, les Pays-Bas, l’écrivain séjourne régulièrement sur l’île de Ménorque où il possède une maison. Loin des paillettes et des chichis de la vie mondaine qu’il exècre, il continue d’observer et de raconter en écrivant le monde tel qu’il aimerait qu’il soit. Avec feu et avec joie. Pour notre plus grand plaisir.

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