Léger tassement dans l’édition en 2009

Après une croissance continue depuis le début du millénaire, le secteur de la bande dessinée connaît, pour la deuxième fois en trois ans, un léger tassement du nombre de publications.

A.Lo.
Léger tassement dans l’édition en 2009

Après une croissance continue depuis le début du millénaire, le secteur de la bande dessinée connaît, pour la deuxième fois en trois ans, un léger tassement du nombre de publications. Comme le pointe le désormais traditionnel rapport annuel de l’Association des critiques de bande dessinée (ACBD), dressé par Gilles Ratier, il y a eu, en 2009, une "décélération" de la progression de la production, qui a augmenté de seulement 2,4 % au lieu de 10,04 % en 2008. Reste que 4 863 titres de bande dessinée ont été publiés en 2009. "Certains éditeurs bien installés parlant même d’une année exceptionnelle, vu le contexte général durci par la crise financière de 2008", note Gilles Ratier dans sa synthèse.

Produit culturel éminemment populaire, en phase avec l’air du temps, la bande dessinée continue à se généraliser et à se segmenter. Les "vieux" lecteurs demeurent des acheteurs d’autant plus fidèles que leur pouvoir d’achat croît généralement avec l’âge, tandis que de nouvelles générations s’ouvrent à des nouveaux genres. Les niches se multiplient : on a même constaté la confirmation d’un courant de bandes dessinées journalistiques ou pamphlétaires (voir les deux tomes de "L’affaire des affaires" scénarisé par le journaliste Denis Robert, inculpé dans l’affaire Clearstream, parus aux éditions Dargaud).

Reste qu’il convient de nuancer les chiffres. Sur les quelque 4 850 titres parus, seuls 3 599 sont de strictes nouveautés. Un quart des publications sont constituées de rééditions, d’art books ou d’essais. Et parmi les nouveautés, quelque 40 % du marché sont occupés par les séries asiatiques, majoritairement japonaises, lesquelles sont alimentées par un vaste fond de commerce, publié parfois de longue date. Dans ce segment, très populaire auprès des lecteurs de moins de vingt ans, dix shônen (séries pour jeunes garçons) ou shôjo (pour les filles) assurent à elles seules 50 % des ventes. La série vedette demeure "Naruto" de Masashi Kishimoto, dont chacun des six épisodes vendus en 2009 a été tiré à quelque 250000 exemplaires. Conséquence indirecte du phénomène manga : le japonais est désormais la langue la plus traduite de l’édition française

Si on limite les chiffres au seul marché franco-belge, on ne trouve plus "que" 1 471 titres, soit une baisse de 4,2 % par rapport à 2008. Si l’on ajoute que 179 titres sont le fruit d’une adaptation d’une œuvre littéraire (phénomène en croissance continue depuis trois ans) et que sont parues 892 rééditions ou intégrales, dont 177 œuvres datant de plus de vingt ans, voilà qui tempère le dynamisme - sur un plan créatif, du moins - du Neuvième Art. Point positif, cependant : le secteur est plus que jamais conscient de la valeur de son patrimoine, désormais séculaire. Dupuis a notamment signé un authentique travail éditorial pour les intégrales de Gil Jourdan et de Spirou et Fantasio, tout en éditant trois très beaux fac-similés des "Boule et Bill" parus jadis dans la collection Carrousel.

A noter aussi que 2009 fut marquée par l’ouverture du nouveau Musée national de la bande dessinée d’Angoulême ou le musée Hergé à Louvain-la-Neuve.

Du côté des éditeurs, si on en compte 288 sur le marché francophone, neuf groupes trustent 60 % de la production, en tête desquels Média-Participations qui a édité, via ses filiales (Dargaud, Dargaud Benelux, Kana, Le Lombard, Dupuis, Blake et Mortimer, Lucky Comics et Fleurus/Edifa) un titre sur huit. Force est de constater que certains éditeurs se contentent d’exploiter des filons, comme les éditions Bamboo avec ses séries humoristiques sectorielles (qui ont dû fleurir sous les sapins : "Les profs", "Les pompiers", "Les gendarmes" ) Neuf des dix plus gros tirages de l’année sont tous des "vaches à lait" bien établies : "Astérix", "Blake et Mortimer", "Happy Sex" (one-shot de Zep sans son Titeuf), "Le Petit Spirou", "Lanfeust Odyssey", "Boule et Bill", "XIII Mystery", "Cédric" et "Les Nombrils". Trois d’entre elles ne sont plus écrites et dessinées par leurs auteurs originaux. Quand aux "Passagers du Vent" de François Bourgeon, qui occupe la septième place, c’est une suite, vingt-cinq ans après, d’une mini-série mythique. Il faut chercher loin dans le classement une vraie nouvelle série - "Les Gardiens du sang" de Denis Falque et Didier Convard (Glénat).

Le rapport de l’ACBD relève encore le développement du "média-mix" avec des publications multisupports : livres accompagnés de DVD, de jeux vidéo, de figurines ou de CD. Le cas le plus exemplaire est celui de l’éditeur Ankama qui s’est imposé avec "Dofus", jeu vidéo en ligne dérivé sur papier. Certains éditeurs classiques passent désormais par des filiales spécialisées (Média-Participations a acquis Anuman Interactive, qui développe des logiciels multisupports et aurait déjà vendu 30000 BD interactives sur l’AppleStore), quand un éditeur de jeux vidéo comme Ubisoft lance sa maison d’édition, Les Deux Royaumes : tout un programme.