Des jeunes loups aux dents longues

Sur les rayons des libraires spécialisés, la rentrée des bandes dessinées se fera réellement en septembre. Quelques nouveautés seront toutefois disponibles dès ce 27 août. Pointons-en d’ores et déjà deux, deux vraies, en ce sens qu’il s’agit de nouvelles séries, sans doute appelées à un bel avenir et surfant l’une sur un genre increvable, l’autre sur un genre particulièrement en vogue.

Des jeunes loups aux dents longues
Alain Lorfèvre

Sur les rayons des libraires spécialisés, la rentrée des bandes dessinées se fera réellement en septembre. Quelques nouveautés seront toutefois disponibles dès ce 27 août. Pointons-en d’ores et déjà deux, deux vraies, en ce sens qu’il s’agit de nouvelles séries, sans doute appelées à un bel avenir et surfant l’une sur un genre increvable, l’autre sur un genre particulièrement en vogue.

Avec un premier tome intitulé "Old Creek Town", "Les Enquêtes d’Andrew Barrymore" ne peuvent cacher les références de leurs auteurs, Nicolas Delestret et Rodéric Valambois, deux natifs des années septante. Ecrivant et dessinant à quatre mains, les deux compères alignent déjà une petite bibliographie. Le premier s’est fait la main en adaptant en trois tomes "L’homme qui rit" de Victor Hugo, sur scénario de Morvan. Le second s’est fait remarquer avec "Murder et Scoty", adaptation d’un dessin animé qu’il avait réalisé pour le Net, et en cosignant avec Dan Nemeth "Frères d’armes" (éd. Les Enfants Rouges). Leur nouvel héros, Andrew Barrymore, c’est Rouletabille au Far-West : un rouquin hirsute et binoclard, malin comme pas deux, accueilli à bras ouvert par le maire - et surtout sa femme - d’Old Creek Town, petite localité de l’Ouest en plein développement suite à l’arrivée du chemin de fer. En quarante-huit pages, Andrew va résoudre un meurtre pas banal et guider son nouveau patron, le taciturne shérif Jim Patherson, dans ses amours avec la maîtresse d’école. Le décor est classique, mais le ton est neuf - oui, c’est possible. Pas de duel, de pilleurs de banque, d’attaque de diligence, de vengeance ou de bagarre de saloon, ici. Mais une enquête pleine de fausses pistes, de rebondissements et de seconds rôles truculents. Un trait élégant, des couleurs plaisantes et, surtout, l’impression de lire une histoire, une vraie, et non une longue introduction -comme cela devient trop souvent monnaie courante. Andrew Barrymore, c’est du post-post-modernisme : la réconciliation de Lapinot, Hirram Lowatt et Jerry Spring, en somme.

"Zombillénium" d’Arthur de Pins fait partie des séries avec lesquelles Sergio Honorez dépoussière les pages du magazine "Spirou". De Pins avait auparavant rencontré son petit succès avec "Péchés mignons" (Fluide glacial), BD coquine et new-look. En pleine vogue du mort-vivant - au cinéma, en BD et sur les écrans vidéoludiques -, l’auteur s’amuse avec cette comédie fantastique joyeusement loufoque, au graphisme léché. Son héros, Aurélien Zahner, connaît la pire journée de sa vie : trompé par sa femme, il se retrouve aussi sec plaqué par une voiture. Double manque de pot : il en meurt et le chauffeur du véhicule, Francis von Bloodt, est le gérant du parc d’attractions Zombillénium et, accessoirement, vampire de son état. Ramené d’entre les morts d’un bon coup de crocs dans la jugulaire, Aurélien se retrouve animateur au milieu de monstres en tout genre, chaperonné avec insistance par une sorcière stagiaire, la très sexy Gretchen. Mais Aurélien n’est pas au bout de ses surprises : il va bientôt se trouver transformé en l’argument commercial d’un plan démoniaque.

Arthur de Pins commence en jouant avec les codes et les référents du genre, avant de révéler une intrigue, au terme de laquelle les démons s’avèrent aussi prosaïques que les humains. Avec son graphisme et sa mise en couleurs dans l’air du temps, de Pins pourrait bien être l’un des jolis fleurons de la rentrée.

Les Enquêtes d’Andrew Barrymore, t.1 Old Creek Town Valambois et Delestret Dargaud 8 pp., env. 11,50 €

Zombillénium, t.1 Gretchen Arthur de Pins Dupuis 48 pp., env. 13,50 €