Deux amis s’effondrent

C’était bien sûr il y a dix ans. Le monde se réveillait abasourdi. Avait-il rêvé? Non. Les tours jumelles du World Trade Center s’étaient effondrées, provoquant l’effroi, le séisme, le cataclysme. “Je m’appelle pas Ben Laden” raconte aussi la souffrance de la confusion.

Deux amis s’effondrent
Laurence Bertels

C’était bien sûr il y a dix ans. Le monde se réveillait abasourdi. Avait-il rêvé ? Non. Les tours jumelles du World Trade Center s’étaient effondrées, provoquant l’effroi, le séisme, le cataclysme Ainsi qu’une certaine confusion. Si les attentats du 11 Septembre ont inspiré plusieurs artistes, ils sont aussi présents en littérature jeunesse en cette rentrée 2011 grâce à "Je m’appelle pas Ben Laden !" de Bernard Chambaz et Barroux, aux éditions Rue du Monde.

Chaque Américain se souvient précisément de ce qu’il faisait au moment des attentats. Comme Nassir qui avait dix ans à l’époque et ne quittait pas son ami John. Il venait de passer l’été en Pennsylvanie, au bord d’un lac, chez les parents de John. Le dimanche, John allait à l’église parce que ses parents étaient baptistes comme Martin Luther King. Nassir, lui, était musulman mais, de religion, les deux compères ne parlaient guère. Nassir qui ne faisait pas le ramadan fêtait toujours "Thanksgiving" et attendait les vacances de Noël avec impatience car ses parents avaient proposé d’emmener John en Egypte. Tels étaient les projets avant que le 11 Septembre ne change à jamais la face du monde et de leur amitié. Voilà ce que veulent raconter les éditions Rue du Monde, une maison fondée par Alain Serres en 1996 et dont le premier album, tout un symbole, ne fut autre que "Le grand livre des droits de l’enfant".

Dernier en date, "Je m’appelle pas Ben Laden" met en lumière l’amitié déchirée de deux enfants d’Amérique et veille à contextualiser les événements grâce aux photos légendées présentes à chaque page. Où l’on se rappelle que les Etats-Unis sortent renforcés de la guerre au Koweït mais que leur violence a suscité une indignation certaine dans le monde musulman. L’auteur, Bernard Chambaz, professeur d’histoire et romancier, revient aussi, dans un texte fort, sur les actes terroristes d’Al-Qaïda dans les années 90, sur l’effondrement des tours et sur ses conséquences. Tant d’événements universels et parallèles à l’histoire individuelle de Nassir qui était en voyage scolaire au zoo et allait assister, avec son ami John, au premier repas du crocodile. Jusqu’à ce coup de fil Et ses dégâts collatéraux. Les parents de John l’ont changé d’école, et Nassir ne comprend pas pourquoi son ami ne répondait pas à ses appels. Un vrai récit illustré par Barroux qui vivait à New York à l’époque et dont l’interprétation graphique montre en délicatesse la fragile vanité de la puissance américaine, voire humaine.

Je m’appelle pas Ben Laden ! Bernard Chambaz et Barroux Rue du Monde 44 pp., env. 14 €. Dès 8 ans