A l’école de la vie

Malgré son égoïsme, l’homme est un animal social et doit apprendre certaines lois du "vivre ensemble". Un sujet présent en littérature jeunesse où l’animal sert souvent de messager et permet de se moquer gentiment de certains travers humains.

Laurence Bertels
A l’école de la vie
©n.d

Malgré son égoïsme, l’homme est un animal social et doit apprendre certaines lois du "vivre ensemble". Un sujet présent en littérature jeunesse où l’animal sert souvent de messager et permet de se moquer gentiment de certains travers humains. Comme nous le montrent, sous forme parabolique ou non, les trois histoires suivantes.

En commençant par "Uïk", un cochon peu ordinaire qui se découvre des vertus électriques. Tout démarre lors d’une nuit d’orage. Ayant peur du noir, "Uïk" est sorti mais la foudre lui est tombée dessus et il s’est illuminé. Lorsque les fermiers ont découvert cela, ils ont tout de suite cherché à savoir comment exploiter le filon. Et le cochon de se transformer en gardien de vaches, en batteur, en locomotive, en radio, voire en gramophone, jusqu’à ce que la révolte gronde. Car il arrive un jour où le gentil cochon qui, jusque-là, vivait une petite vie tranquille à la ferme en a assez de se faire exploiter. Chronique animalière sociale, "Uïk" le cochon électrique brasse plusieurs sujets sans en avoir l’air, surprend par d’étonnantes associations et multiplie les rebondissements dans un petit album original et efficace, illustré par l’Allemand Till Charlier, formé aux Arts décoratifs de Strasbourg, une école dont sortent souvent des talents très personnels.

"Denver" de David McKee, l’auteur du célèbre éléphant Elmer, révèle également quelques inégalités sociales dans cette petite ville de Berton où l’homme, très riche, habitait une grande maison avec chauffeur, jardinier, cuisinière Denver ne se privait de rien mais il était également très généreux et finançait la distribution des prix de l’école. Sans oublier les grandes réceptions qu’il donnait en son manoir. Mais un jour, un inconnu arriva en ville et demanda aux habitants pourquoi Denver était si riche. Celui-ci, passionné par la peinture, distribua ses biens et partit avec ses palettes. Cependant, les habitants regrettèrent bien vite d’avoir suivi le semeur de zizanie.

Tête de file de la littérature jeunesse en France, Grégoire Solotareff, auteur d’une quarantaine de titres, se fit notamment remarquer grâce à l’album "Loulou", en 1989, considéré aujourd’hui comme un livre culte. Décliné autour de la peur, de l’amitié, de l’entraide, il mettait en scène un loup et un lapin qui jouaient à "peur du loup" voire à "peur du lapin". Mais un loup peut-il avoir peur des lapins ? Telle est la question qui titille les grandes oreilles de Tom, très peureux, dans le nouvel album de Solotareff, "Loulou à l’école des loups", dans lequel on retrouve les deux protagonistes, fidèles à eux-mêmes, toujours rusés et complices. Ainsi, lorsque Loulou répond par la négative, Tom va malgré tout mettre son ami à l’épreuve. Il n’en faut pas plus pour que tous les coups soient permis et la mauvaise foi de bon aloi. Les compères se rendent à la clairière, là où se donne l’école des loups, une école effrayante. Tom encourage Loulou à s’y inscrire. Celui-ci va tenter l’expérience, quitte à s’en mordre les pattes tant les règles édictées sont difficiles à suivre. Qu’à cela ne tienne ! L’intrépide duo a plus d’un tour dans son sac et nous le prouve une fois encore dans cet album qui joue sur les illusions d’optique et qui déborde de couleurs joyeuses déclinées sur des pleines pages aux tonalités jaunes, rouges, roses ou bleues, pleines de franchise. L’école, quant à elle, n’en sort pas grandie. Voilà qui tombe bien, à la veille des vacances.

Uïk le cochon électrique Karin Serres et Till Charlier Rouergue 34 pp., env. 12 €. Dès 2 ans

Loulou Grégoire Solotareff L’école des loisirs 36 pp., env. 12,50 €. Dès 3 ans

Denver David McKee traduit de l’anglais par Elisabeth Duval Kaléidoscope 28 pp., env. 13 €.Dès 4 ans