La rentrée de l’ instituteur

Plus moyen de reculer, la grande machine de la rentrée est lancée et les petits cœurs serrés n’ont qu’à bien se tenir. Loin d’imaginer ce qui l’attend, Poussin, lui, est très fier.

Laurence Bertels
La rentrée de l’ instituteur
©Lionel Koechlin

Plus moyen de reculer, la grande machine de la rentrée est lancée et les petits cœurs serrés n’ont qu’à bien se tenir. Loin d’imaginer ce qui l’attend, Poussin, lui, est très fier. C’est son premier jour de crèche. Converse vertes aux pieds et doudou bien serré, il est super-partant. Une fois arrivé, toutefois, lorsqu’il voit tous les autres et entend leur bruit, il a juste envie de rentrer. Pas autant, sans doute, que ses parents, comme le raconte Anne Terral dans un petit album ébouriffé par les joyeuses illustrations de Bruno Gibert.

Après la crèche suivra l’école puisque la vie est balisée d’une succession de rentrées, qui sont même parfois littéraires Pour se familiariser avec cet univers, rien de tel que l’"Imagier de Bali", le premier de ce héros qui passe à la télévision. Entre le banc, les casiers, le tableau, la frise des lettres ou le passage piéton, le ton est donné. Heureusement, il y a aussi la récré avec sa marelle, son cerceau et son ballon sauteur, la cantine avec son plateau, son menu, la sieste, le sport et, surtout, l’heure des mamans. Un imagier qui rappelle à quel point l’école ne se contente pas de donner la leçon, elle y distille aussi la vie. Alternant entre des doubles pages foisonnantes sur une scène écolière, des comptines d’ouverture et la représentation classique des objets, voici un imagier bien conçu où l’on peut s’amuser à retrouver les détails dans les tableaux d’ensemble.

Lionel Koechlin, lui, raconte la rentrée à travers un autre point de vue, celui de l’instituteur Totof. Frais comme un gardon, celui-ci, cartable au bras, marche d’un bon pas. Au loin, on aperçoit de nombreux enfants sur un passage clouté. Totof approche mais, lorsqu’il arrive, la directrice lui annonce qu’il y a trop de professeurs et pas assez d’élèves. Seul à son pupitre, l’instituteur éclate en sanglots jusqu’à ce qu’un chien, suivi d’un autre, puis d’un troisième, entre dans sa classe. Et pourquoi ne pas leur apprendre à lire ? Autant écrire que c’est carrément peine perdue. Seul Hercule s’applique. Un beau matin, son maître, analphabète, l’accompagne. D’autres surprises attendent encore le lecteur au cours d’une fable originale où chaque problème trouve sa solution. Le tout agrémenté des illustrations puissantes et cubiques de Lionel Koechlin, un artiste talentueux qui se moque toujours autant des conventions. Comme auront pu le constater les lecteurs du "Monde" à l’époque où, inspirées des Fables de La Fontaine, ses illustrations commentaient l’actualité.

Grande rentrée aussi pour l’irrésistible taupe Louisette, star de la mini BD, héroïne d’une série sélectionnée par le ministère de l’Education nationale en France et imaginée par Bruno Heitz, cet artiste protéiforme, très doué également pour la narration. Les aficionados seront heureux de la retrouver, pour la neuvième fois déjà, et de plonger dans les galeries souterraines où se trame une chasse aux chasseurs car, pour les rongeurs, la rentrée est avant tout celle de la chasse, un événement que semble ignorer une perdrix baladeuse, sauvée de justesse par les petits enfants d’une mammy toujours aussi malicieuse. Suspense garanti.

Poussin va à La Crèche Anne Terral et Bruno Gibert Albin Michel jeunesse 14 pp., env. 10 €. Dès 2 ans

L’imagier de Bali Magdalena et Laurent Richard Père Castor Flammarion 48 pp., env. 8 €. Dès 2 ans

Lecture pour toutous Lionel Koechlin Gallimard jeunesse, Giboulées 26 pp., env. 12 €. Dès 4 ans

Super Miro (Louisette la taupe) Bruno Heitz Casterman 40 pp., env. 8,50 €. Dès 6 ans