Mythes et rites funéraires

En dix ans, le nombre de crémations a augmenté de 42 % en Belgique. C’est Bruxelles qui en compte le plus : deux tiers des personnes décédées (67,3 %) y sont incinérées. En Flandre, c’est l’option de plus de la moitié des personnes (56 %) et pour près de trois personnes sur dix en Wallonie (28 %). C’est dire si les esprits changent. En fait, un coup de pouce décisif a été donné par l’Eglise catholique en 1963 lorsqu’elle a décidé de lever l’interdiction de recourir à la crémation. Si on s’est focalisé ici sur notre pays, le phénomène est largement européen et, élément intéressant, c’est devenu un sujet d’étude tant dans le monde anglo-saxon qu’en Italie. Piotr Kuberski, qui est à la fois théologien et archéologue, vient de publier une passionnante étude sur la question. Il démarre de la position de l’Eglise catholique mais en arrive très vite à une approche plurielle de la question. Ce spécialiste des rites funéraires innove là puisque c’est la première véritable étude sur ce sujet. L’auteur y va aussi à contre-courant de certaines idées reçues sur l’opposition de l’Eglise. L’occasion de se demander si le refus de la crémation était le résultat d’une incompatibilité foncière entre la religion chrétienne et la coutume de brûler les morts. Certes, le Christ a été inhumé et non pas incinéré. Et le monde juif reste très hostile à la pratique. C’est si vrai que Kuberski révèle qu’un crématorium avait été construit dans le plus grand secret en Israël mais il n’a pas servi car un incendie volontaire l’a rendu définitivement hors service voici cinq ans

Christian Laporte

En dix ans, le nombre de crémations a augmenté de 42 % en Belgique. C’est Bruxelles qui en compte le plus : deux tiers des personnes décédées (67,3 %) y sont incinérées. En Flandre, c’est l’option de plus de la moitié des personnes (56 %) et pour près de trois personnes sur dix en Wallonie (28 %). C’est dire si les esprits changent. En fait, un coup de pouce décisif a été donné par l’Eglise catholique en 1963 lorsqu’elle a décidé de lever l’interdiction de recourir à la crémation. Si on s’est focalisé ici sur notre pays, le phénomène est largement européen et, élément intéressant, c’est devenu un sujet d’étude tant dans le monde anglo-saxon qu’en Italie. Piotr Kuberski, qui est à la fois théologien et archéologue, vient de publier une passionnante étude sur la question. Il démarre de la position de l’Eglise catholique mais en arrive très vite à une approche plurielle de la question. Ce spécialiste des rites funéraires innove là puisque c’est la première véritable étude sur ce sujet. L’auteur y va aussi à contre-courant de certaines idées reçues sur l’opposition de l’Eglise. L’occasion de se demander si le refus de la crémation était le résultat d’une incompatibilité foncière entre la religion chrétienne et la coutume de brûler les morts. Certes, le Christ a été inhumé et non pas incinéré. Et le monde juif reste très hostile à la pratique. C’est si vrai que Kuberski révèle qu’un crématorium avait été construit dans le plus grand secret en Israël mais il n’a pas servi car un incendie volontaire l’a rendu définitivement hors service voici cinq ans

Le livre lève aussi certaines ambiguïtés sur le rôle de la franc-maçonnerie en la matière au XIXe siècle. Si les maçons en furent les grands zélateurs, ce ne fut pas uniquement pour ennuyer l’Eglise mais aussi parce que c’était déjà dans l’air du temps. Tout comme aujourd’hui où on y relie une dimension écologique !

Le christianisme et la crémation Piotr Kuberski, préface de François Boespflug, op 498 pp., env. 39 €